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Saintélyon 2011: départ

Flashback. Nous nous engouffrons dans une rue plus petite, qui conduit vers le premier chemin de terre. Enfin… la terre s’est transformée en boue après la pluie diluvienne qui est tombée avant le départ. Les centaines de coureurs qui ont précédé ont bien préparé le terrain et dès que ça commence à monter un peu, le sol devient glissant. Les jambes sont un peu plus sollicitées. Je ne sais pas ce qui est préférable: la neige ou la boue?

Destination Lyon

Lucie – mon épouse – et moi-même partons pour Lyon le vendredi soir. Je sais que dans mon train, il y a un autre coureur de la Saintélyon que j’ai pu rencontrer via Twitter, @PierroArthuro. Nous ne sommes pas dans la même rame, du coup, je ne peux pas aller à sa rencontre. En descendant du train, je tenterai de le repérer, mais en vain. Nos deux amis lyonnais, Hélène et Nicolas, nous accueillent chez eux. Je prendrai la formule week-end avec une seule nuit. L’accueil est chaleureux, comme toujours. Nous discutons longuement puis nous nous couchons. Une longue journée m’attend le lendemain…

Nous nous réveillons vers 10h30, la nuit m’a bien reposé; la fatigue de la semaine s’est envolée. Je me sens bien. On papote, on prend le petit dej, je me douche, on papote, on papote… Au déjeuner, j’ai le droit à un menu spécial: pâtes. Je n’en mange pas trop, pour bien digérer. J’ai ensuite le droit à une déclaration d’une de mes supportrices, qui me va droit au cœur. Ça m’émeut. Pour vous donner de l’énergie, c’est encore mieux que des pâtes! Puis je pars me faire une bonne sieste. Car dormir 1h30 l’après-midi, on peut dire que c’est une bonne sieste. Quand je me réveille, je suis seul dans l’appartement. Je suis bien reposé mais je commence à cogiter. Je finis mon plat de pâtes, j’ai la tête dans le matériel. Il ne faut rien oublier car je n’ai pas les clés de l’appart’. Je dois juste claquer la porte. Donc il ne faudra rien oublier…

Je m’habille. J’opte pour quelque chose de léger pour la saison. La météo annonce une pluie fine entre minuit et 4 du matin sur le parcours, avec des températures aux alentours des 6 degrés. On est loin des conditions de l’année précédente, où la neige avait rendu le parcours particulièrement difficile… Un t-shirt compression manche longue avec une veste perlante Gore-Tex, mes booster pour tenir mes mollets, un collant long Gore-Tex, un bonnet et des gants. Je prends tout de même un pull respirant dans mon sac, ainsi qu’un t-shirt de rechange, sur les bons conseils de Fabrice. Camel back de 2 litres pour éviter de devoir le recharger à tous les ravitos, et des gels, des solides, du salé. Je suis prêt!

Saintélyon: l'Arche d'arrivée

Saintélyon: l'Arche d'arrivée

Je claque la porte et je m’engouffre dans le métro lyonnais. Direction le Palais des Sports, où je retrouve Sébastien (enfin c’est lui qui me trouve). Nous discutons et découvrons la ligne d’arrivée. Dans moins de 24heures, je passerai sous l’arche, je n’ai aucun doute là-dessus. Nous discutons en attendant Bastien, qui ne doit pas tarder. A son arrivée, nous prenons nos billets de navette et nous nous installons dans le bus. Le bus est bondé. La buée s’invite sur les vitres. L’ambiance est conviviale, on discute facilement entre coureurs. Le trajet est assez long. Cela me confronte à la distance à parcourir à partir de minuit: 68km. Ce n’est pas rien. Nous arrivons à Saint-Etienne mais nous sommes perdus. Le chauffeur ne trouve plus son chemin. Un coureur iPhonisé lui indique alors la route à suivre. Nous pourrons descendre à notre lieu de rendez-vous dans les temps. Il n’est pas encore 20 heures et nous sommes au Parc Expo de Saint-Etienne.

En attendant le départ…

En entrant dans le premier hall, Bastien et moi nous séparons de Sébastien. Ce dernier va devoir suivre une longue file d’attente pour retirer son dossard. Bastien et moi contournons cette file. nous avons la chance d’être « invités presse ». Nous parcourons donc tout le hall et accédons au hall suivant. Nous retrouvons Pomme dans un local isolé, qui nous réserve un accueil chaleureux. Elle nous remet nos dossards et nous avons le droit à quelques cadeaux: un sac à eau floqué Saintélyon ainsi qu’une housse d’ordinateur portable. Nous installons nos affaires dans un coin, puis nous retournons dans le premier hall. Nous achetons bien sûr notre gobelet Saintélyon et passons devant les différents stands du village des exposants. Parmi eux, un certain Kilian Jornet, venu dédicacer son livre « Courir ou mourir ». Près de là, je rencontre Vincent. Malheureusement, je ne l’ai pas reconnu tout de suite et mon accueil n’est pas très enthousiaste. Nous échangeons quelques mots, le stress est palpable. Après m’être séparé de Bastien, qui dîne chez des amis, j’appelle Sébastien, histoire de savoir où il en est, mais en vain. Je décide de me diriger vers la file d’attente de la Pasta Party. Arrivé au stand, je salue Corinne, une amie Facebook qui a été particulièrement chaleureuse et disponible pendant le période précédant la Saintélyon. Avec les « collègues » du Forez Athlétic Club, elle est bénévole et participe au succès de l’organisation. C’est la première fois que nous nous rencontrons et nous échangeons quelques mots, moment convivial comme je les aime. Elle ne chômera pas ce soir, la file d’attente ne désemplit pas. Je m’installe à une table à côté de coureurs qui répète leur parcours une dernière fois. J’en profite pour lire les nombreux messages d’encouragement que vous m’envoyez. Puis, je retourne en salle de presse. Je m’allonge dans un coin, je me mets une musique de détente dans les oreilles et je plonge dans une dernière sieste d’avant nuit blanche. Je m’endors 45 minutes.

Saintélyon: le Parc Expo de Saint-Etienne

Parc Expo

Au réveil, je décide d’aller faire un petit tour, pour essayer de retrouver des têtes connues. C’est finalement Adrien qui m’interpelle. Il n’est pas 22 heures, mais il est déjà en tenue de combat. Nous échangeons quelques mots puis il rejoint un ami. J’en profite pour faire le tour. Les 2 halls sont bondés de coureurs allongés pour dormir, se détendre, se préparer mentalement, ou juste pour ne pas se fatiguer les jambes. Je cherche d’autres visages connus mais en vain. Je profite de ce moment pour appeler ma tante et ma cousine qui m’ont laissé un message d’encouragement. Je les sens inquiètes, notamment ma tante. Elle doit me prendre pour un fou. Mais le fait de savoir que je suis avec des milliers de fous la rassure un peu…J’appelle également Nicolas, qui prend le départ à Sainte-Catherine, histoire de l’encourager avant le départ.En salle de presse, je retrouve Bastien, qui se prépare, ainsi que Sylvain Bazin, que j’avais rencontré lors de la Gore-Tex Blogger Summit. Sylvain est un vrai Globe-trotter de la course à pied. Il enchaîne les courses aux quatre coins du globe et il a des projets plein la tête. Je vous conseille de suivre son blog, il vous fera voyager!Je rencontre aussi LA fameuse Cécile Bertin. Je la suis via Facebook. Elle est notamment connue pour avoir enchaîné 7 marathons sur 7 continents en moins de 80 jours (ce qui fait un marathon tous les 11 jours environ, pour ceux qui ne se rendent pas compte, avec la contrainte du changement de continent, et donc des contraintes de climat, d’adaptation, de logistique, de décalage horaire, etc). Elle fait partie de l’équipe de 20 coureurs menée par ArthurBaldur. Cette team fait le trajet aller, non pas en navette, mais en courant, en reprenant le parcours en sens inverse: c’est la LyonSaintélyon. Cécile apparaît étonnamment fraiche. Elle nous parle du périple aller et nous informe de l’état du parcours. La neige sera absente, mais la boue la remplacera. Non contente de faire le double de kilomètres, et elle s’est mise une petite pression supplémentaire: elle a son train à 12h35…23 heures, l’effervescence commence à se ressentir. Nous retrouvons Adrien et Sébastien. Je fais la connaissance de @JC_Mercier, avec qui j’ai échangé sur Twitter, pendant la prépa Saintélyon. La vidéo qu’il a réalisé sur sa Saintélyon 2010 a fait un buzz, et elle a d’ailleurs été reprise par Petzl cette année, comme mise en bouche pour tous les concurrents. Le célèbre Stéphane Stutz est là aussi! Bref que du beau monde!Nous formons une petite équipe de quatre: Bastien, Sébastien, JC et moi. Après avoir retiré l’étiquette qui permettra d’accrocher notre numéro à notre sac, nous devons le déposer dans un bus. Pour un bus, je manque de prendre une photo digne d’un canular: les sacs sont entassés jusqu’au plafond à la place du chauffeur. Impossible pour le chauffeur de s’installer au volant pour porter les sacs à l’arrivée!Puis nous nous dirigeons vers la ligne de départ. Une petite marche de 10 minutes histoire de nous mettre en jambes. Nous nous retrouvons au pied du Stade Geoffroy Guichard. Nous sommes très loin de la ligne de départ, nous avons trop tardé pour nous positionner. Le départ des relais est lancé. Quelques blagues, quelques photos d’avant départ, il reste 5 min avant le départ. On lance les réceptions satellites de nos montres GPS. Pour moi, ce sont la Garmin Forerunner 405, en test sur la longévité de sa batterie, au bras gauche, et une Polar RCX5, que m’a prêté la marque au bras droit.Minuit, c’est parti pour la nuit blancheUne détonation résonne. Le départ est lancé; je déclenche mes montres. Nous, nous restons sur place. Puis la foule commence à avancer tout doucement. Nous suivons cette houle humaine qui progresse doucement vers le porche signalant le départ. 50 mètres. Excitation, un peu de stress. Mais non, l’excitation est trop grande, le stress disparaît aussitôt. 20 mètres. Les supporters sont là, près de nous, à hurler pour nous encourager. 5 mètres. Nous avons mis 5 minutes pour rejoindre cette ligne.

Top, c’est parti!

Nous partons à 4 en courant. Nous essayons d’apercevoir Julien qui est avec ses amis un peu plus loin devant. Il sera facile à reconnaître, il a une lampe rouge derrière la tête. Nous pensons l’apercevoir et nous accélérons. Non, ce n’est pas lui. Je vois une autre personne avec cette lumière rouge un peu plus loin. J’accélère. Mais non, ce n’est toujours pas lui. Je ralentis, car je suis déjà éloigné de Bastien et de JC. Je les vois, ils sont derrière moi. Je reprends le rythme, avec Sébastien à mes côtés. Finalement, nous sèmerons Bastien et JC définitivement. Le début du parcours est une large route. La circulation est bloquée et nous voyons la tête incrédule des passagers des véhicules à l’arrêt. Nous sommes au 5e kilomètre et cela fait 25 minutes que nous courons. La pause pipi s’impose. A partir de là, j’aurai l’esprit tranquille pour avancer. Nous poursuivons Sébastien et moi. Nous commençons à doubler. Il me signale que nous allons un peu plus vite que prévu. Ce qui est vrai mais cela reste raisonnable. Je trouve que le rythme est bon, je me sens bien, je pense avoir trouvé ma vitesse de croisière.

Puis la route se rétrécit. Cela fait une heure que nous courons et les coureurs sont devenus plus silencieux. On entend les lourdes chaussures résonner sur le bitumes, brisant le lourd silence d’une ville endormie. Puis nous nous engouffrons dans une rue plus petite, qui conduit vers le premier chemin de terre. Enfin, la terre s’est transformée en boue après la pluie diluvienne qui est tombée avant le départ. Les centaines de coureurs qui ont précédé ont bien préparé le terrain et dès que ça commence à monter un peu, le sol devient glissant. Les jambes sont un peu plus sollicitées. Je ne sais pas ce qui est préférable: la neige ou la boue?

Juste avant Fayet, je me retourne rapidement. La vue sur Saint-Etienne est magnifique, les lumières de la villes percent dans la nuit noire où nous nous trouvons. Depuis Saint-Etienne, un serpent composé de lumières blanches ondule dans la montagne jusque moi. Devant moi, il poursuit son chemin.J’arrive au premier ravitaillement, celui de Saint-Christo-en-Jarez, j’y reste 7 minutes, pour y prendre un thé chaud, quelques solides puis repartir en marchant, le temps de boire mon thé. Je range mon gobelet dans mon sac et je repars en courant. Nous courons vraiment en plein milieu des champs maintenant. Les passages, habituellement réservés aux tracteurs, sont impraticables et nous sommes contraints de marcher en bordure des champs pour avoir un sol plus stable sous les pieds. Les premières  descentes sont là. C’est le moment de s’échauffer pour l’après Sainte-Catherine. Mes sensations sont plutôt bonnes. Je suis confiant. J’adore descendre, c’est mon terrain de jeu préféré et j’arrive à gagner de nombreuses places sur ces portions descendantes. Par contre, si je veux prendre de la vitesse, je dois être vigilent, car le moins faux pas, et c’est la chute. Et une chute, c’est, au mieux, une perte de confiance pour la suite dans les descentes, au pire, l’entorse, le genou en vrac, etc.. Bref, hors de question de s’arrêter sur le seconde option, synonyme d’abandon.

Qui dit descente dit montée. Et dans la montée qui suit, je sens le vent glacial souffler. Je remonte mon tour de cou jusqu’au nez. Mon souffle permet de me réchauffer mais ce n’est pas suffisant. J’hésite à sortir mon pull. Je vois un grand devant moi et je me glisse à ses côtés, et me place afin que celui-ci me serve de paravent. Je parcours une centaine de mètres ainsi puis je me relance une fois arrivé au col Le Chatelard. Le 2ème ravitaillement est juste, c’est celui de Sainte-Cathérine. J’ai parcouru 28km en 3h06. Je suis au dessus des 8,5km/h que je me suis fixé. C’est bon pour le mental. En plus, ça ne fait pratiquement que descendre après Saint-Catherine, hormis 2-3 bosses. Je prends mon temps sur le Ravito, 10 minutes exactement. Puis je repars.

Ca monte un peu. Puis j’arrive à la Bullière, point de départ d’une longue descente dans le Bois d’Arfeuille. Je lâche alors les freins, et je double. Mes yeux sont grands ouverts, ma frontale est en plein feux pour pouvoir m’éclairer le chemin. Je double à toute allure ceux qui ne se risquent pas à courir en descente. A la dernière seconde, je vois un rocher, je décale légèrement et rapidement le pied pour l’éviter; un peu plus loin, je marche sur un caillou qui est prêt à faire croquer ma cheville mais le corps réagit bien et évite l’entorse; un coureur change de voie, je l’évite de justesse. Et boum, 10 mètres devant moi, un coureur s’éclate sur le chemin. Je m’arrête sec et je l’aide à se relever. Je lui demande si tout est okay, il me répond que oui. Nous repartons aussitôt. Par moment, une énorme flaque fait dévier les 2 files de coureurs sur ses pourtours. Impossible de passer sans devoir s’arrêter. A moins de …. Je traverse cette flaque qui me mouille à peine les pieds. C’est un peu froid. Mais en courant, ca se réchauffe vite.

A deux reprises, mes yeux se brouillent. Je ralentis alors. Histoire de réadapter ma vision, me réveiller et repartir. Je n’aurai plus ce problème par la suite.J’arrive alors au troisième ravitaillement au 37e kilomètre. Je ne sais pas ce que je trafique mais je m’y arrête pendant 12 minutes. En fait, j’en profite pour recharger mon camel Back et discuter. Un coureur me dit qu’il s’est fait mal aux adducteurs. Je l’encourage, je lui dis que c’est le sol instable et la boue qui sollicite particulièrement les adducteurs. Cela fait 4h30 de course. Je bois deux verres de thé au citron, un verre de Coca. Tiens, des chocolats! Je m’en avale 3-4 carrés, que je regretterai un peu plus tard. Puis je repars. Ca monte un peu puis derrière ça redescend de nouveau, une sorte de long faut plat qui permet de prendre un bon rythme. Je vais bientôt atteindre la distance marathon et je me sens bien. Les pas s’enchaînent. Telle une locomotive, j’ai mon phare Petzl vissé sur le tête qui éclaire la route, mes pas y résonnent. Tac-tac, tac-tac, tac-tac. Je me sens vraiment bien. Mon rythme est plutôt bon et je double sans cesse, encore et encore. J’avale les kilomètres. Courir est naturel. Je suis en mode automatique. La route permet de décrocher le nez du sol. Je profite pour regarder autour de moi. Les montagnes se dessinent au gré des lumières urbaines. Tac-tac, tac-tac, tac-tac…

J’arrive à l’avant-dernier ravitaillement, Soucieu-en-Jarrest, au 47e kilomètre. Je me pose dans un coin. Je discute avec un jeune qui semble plus qu’épuisé. Nous parlons du parcours que nous venons d’emprunter, ça a été dur pour lui. Je reste à nouveau 12 minutes sur ce ravitaillement. Je finis par lui dire « Allez, faut y aller maintenant, on a fait le plus dur ». Il me regarde étonné en disant « Non, non. Mois je fais le relais, je viens de terminer »…Je repars donc, il ne me reste plus qu’un semi. J’ai un peu froid en sortant de ce ravitaillement. Je remonte mon tour de cou très humide, mais qui permet néanmoins de me réchauffer. Dans mon esprit, je me dis plus que 2 ravitos (il n’en reste pourtant plus qu’un). Pendant une longue partie du parcours, j’essaie de calculer si je suis dans les temps, mais 2 ravitaillements me perturbent. J’ai l’impression que je vais terminer en plus de 9heures. C’est un peu dur. Mais j’avance tout de même, oubliant mes calculs un instant. La locomotive fonctionne toujours aussi bien. Pourtant, dans les montées, je m’arrête plus facilement pour marcher.En arrivant dans Chaponost, je remarque que depuis quelque temps, je suis suivi. Je continue de doubler, et un de ceux que j’ai dépassé à décidé de se mettre dans ma roue. Je me dis que je peux le porter jusqu’au prochain ravitaillement. Mais une centaine de mètres avant le checkpoint, il m’abandonnera. KM 57: 11 minutes d’arrêt. Un petit thé au citron. Je m’installe sur un banc et je commence à réfléchir, sans regarder ma montre. Je me dis qu’il ne reste plus qu’un ravitaillement et donc grosso modo un semi. Encore un semi! Mais ça veut dire que je ne vais jamais arriver vers 8h. Je me suis trompé à ce point?

Saintélyon 2011: Supportrices

Supportrices

Je repars en marchant, le moral un peu dans les chaussettes. Je marche pour grimper une côte bien abrupte en ce 2ème tiers du parcours. Les mains appuyant sur les jambes, je double quand même sur cette portion de route. La pente s’incline de moins en moins, mais je ne repars pas en marchant. Il faut que je me fasse doubler par un couple de coureurs pour me remotiver à enchaîner les pas. Ca monte toujours tout doucement, je finis la montée en marchant doucement, et après un virage à 90°, ca redescend enfin. Je dévale la rue, toujours en train de calculer… Et soudain, j’entends des cris qui viennent me sortir de ma bulle. Au bout de la rue, 3 personnes scandent un « Go Grégo, Go! ». Je ne les reconnais pas tout de suite, mais je me dirige instinctivement vers eux. Et je découvre que mon épouse, qui ne devait pas me rejoindre avant 10 heures à l’arrivée, au Palais des Sports de Lyon, est là, accompagnée de Hélène et Nicolas. C’est une surprise, je suis ému. Je m’arrête pour les embrasser. Puis je repars, ils m’accompagnent. Lucie a glissé sa main dans la mienne pour une centaine de mètres. Je ressens toute une énergie m’envahir. Elle en profite pour me dire que je suis 1021ème, que je n’ai pas arrêté de gagner des places pendant toute la nuit. Je lève la tête. Depuis les hauteurs où nous nous trouvons à fouler le bitume à quatre, je découvre Lyon qui sommeille toujours dans la nuit, brillant de ses lumières urbaines.

Saintélyon 2011: supporters

Supporters

« Tu n’as plus que 8 kilomètres, tu es à Sainte Foy les Lyon! Ca ne fait que descendre et ensuite tu suis les quais et tu es arrivé! ». Arrivé. 8km Déjà. Qu’est-ce qui s’est passé? Mon esprit est dans le brouillard. « Go, Grégo, Go » résonne dans le silence de l’aube. Un bénévole soufflera que j’ai des supporters de choix. Puis, je sens la main de Lucie me lâcher. Je prends conscience qu’elle ne peut pas m’accompagner jusque l’arrivée. Un dernier sprint de Nicolas qui me décroche un sourire au passage, et je me retrouve en solo, comme les autres concurrents. Très vite, je comprends que c’est la fin et que c’est maintenant qu’il faut donner tout ce qui me reste. Je décide de foncer dans la descente.La locomotive passe une vitesse supplémentaire. Dans la descente, je me dis que je peux en doubler jusqu’à l’arrivée, pour arriver parmi les 1000 premiers arrivants. Je fonce. Je double. Une femme me double, elle a une sacrée foulée. Je me mets dans  sa roue et je la suis jusqu’en bas. Les escaliers, facile, je double des concurrents accrochés à la rampe et qui descendent péniblement les marches. Arrivés en bas, la femme lièvre lève le pied. Je comprends que le plat n’est pas sa tasse de thé. Je décide de lui rendre la pareil et je me mets devant elle, histoire qu’elle se mette dans ma roue. Mais bien que je lui laisse deux fois l’opportunité de me coller au train, elle n’arrive pas à accrocher. Tant pis, je poursuis seul. Je traverse la Saône, puis je suis les quais. Un concurrent s’est arrêté, la main sur les genoux. Il vomit, et se vide littéralement. Je le double. Et je prends en point de mire le coureur à 50 mètres devant moi. Je le double, et je fais cela pour chacun des coureurs que je découvre devant moi. Les quais de Saône sont interminables. Je découvre qu’on y voit comme en  plein jour, même si le ciel est gris. Arrivé au bout du quai, on fait demi-tour pour longer cette fois le Rhône. Au loin, un pont sur lequel je vois des coureurs. Je ne suis plus loin pour atteindre l’arrivée. Je grimpe les escaliers en marchant. Je ne voulais surtout pas marcher sur cette dernière portion, car je me dis qu’il me serai impossible de relancer pour courir. Pourtant, en haut des marches, une personne me félicite et me dit que je suis à 8 min de l’arrivée, que je peux arriver avant 8h15, qu’il reste 1 500 mètres. 1,5km. Ridicule après tout ce que je viens de courir. Je cours de nouveau. Je retrouve un des terrains sur lesquels je courrais il y a 5 ans, lorsque j’habitais Lyon: les quais aménagés du Rhône. A l’époque, quand je courais 1 heure, c’était incroyable. J’étais fier. A ce moment là, cela fait 8 heures que j’ai pris le départ de la course. La dernière ligne droite n’est plus loin. Les personnes que nous croisons nous félicitent et ne manquent pas de superlatifs pour qualifier notre périple nocturne qui touche à sa fin. Je me dis qu’il y a de grandes chances que mes 3 supporters du jour soient à l’arrivée. Une émotion m’envahit alors. J’ai dû mal à respirer, je suis prêt à sangloter. Je me reconcentre, ce n’est pas fini.  Derniers virage. Un panneau annonce 500 mètres pour atteindre l’arrivée. 150 mètres. 100 mètres. A nouveau, j’entends les « Go Grégo », je lève les yeux, ils m’accompagnent jusqu’au sas qui me permet d’accéder au palais des sports. Les supporters sont là et applaudissent. Je leur demande de faire plus de bruits, ce qu’ils font. J’entre dans le Palais des Sports de Lyon et foule la moquette qui conduit jusqu’à la ligne d’arrivée. Je sers les poings, je suis heureux de ce que je viens de faire. Je crie de joie et je franchis la ligne d’arrivée. La joie est immense, et les larmes coulent sur mes joues. J’y suis arrivé. Au bout du sas d’arrivée je vois Lucie vers qui je marche pour l’embrasser. Hélène et Nico sont là aussi. 8h20. Il est 8h20. Je ne suis pas très loin de mon objectif. Ce sera finalement 8h13 au chrono final (il faut soustraire les 5 minutes que j’ai mis pour franchir le ligne de départ). J’ai la Saintélyon de bronze!

Saintélyon de bronze!

Saintélyon de Bronze!

Saintélyon de Bronze!

Le bonheur est intense, j’ai relevé ce défi fixé il y a moins de 6 mois. Je retire mon t-shirt de finisher de Saintélyon 2011 et je prends une bière, que j’accompagne d’une barre de céréale. Puis je rejoins Lucie. Les jambes deviennent raides et il m’est difficile de descendre les quelques marches nécessaires pour sortir du Parc Expo. Lucie retire mon sac et je me change le haut pour éviter d’attraper froid. Nico et Hélène arrivent avec la voiture, le carrosse de Monsieur est avancé. Je peux rentrer, la sensation de planer sur un nuage, avant que le marchant de sable me plonge dans un long sommeil.

Une semaine est passée depuis cette folle nuit. J’ai très bien récupéré. Je n’ai pas eu de courbatures. Mais j’ai besoin de voir mon osthéo, pour remettre tout en place. J’aurai dû prendre un rendez-vous pour le consulter tout de suite après la course…

Saintélyon 2012?

Côté course, j’ai déjà envie de participer à celle de 2012, car il y a des axes de progrès sur lesquels je peux travailler:
- Je dois absolument travailler les côtes, chose que je n’ai pas trop travailler pour cette édition 2011. J’ai un potentiel d’évolution là-dessus qui peut me faire gagner du temps sur le parcours. La première partie dans la boue a fait travailler les jambes, et je pense qu’un peu de renforcement musculaire ne serait pas du luxe.
- Je peux éviter les ravitos. Avec une poche à eau de 1,5 litres, je peux refaire le plein à Saint-Catherine. Cela suffit. J’avais de quoi faire sans devoir m’arrêter sur le parcours. En analysant mes arrêts sur l’épreuve, j’ai plus de 50 minutes d’arrêt en cumulé sur les ravitaillements, ce qui est énorme.

Cependant, il ne faut pas oublier que les conditions météo étaient clémentes, avec une température de 6° C en moyenne, et une pluie fine. Certes, la première partie était dans la boue mais le reste du parcours était plutôt bon. L’année prochaine, on peut très bien retrouver de la neige, le froid, la grêle, le gèle, bref, la météo est une variable qui joue énormément sur le chrono.

Avec tous ces éléments, je me dis que la médaille d’argent peut être à portée de main pour 2012…

Chronos aux point de contrôle

Chronos aux point de contrôle

Remerciements

Je remercie Bastien pour m’avoir lancer sur ce défi, et qui m’a permis de passer cet excellent moment de course.
Je remercie Pomme, chargé des relations presse pour la Saintélyon, pour son accueil, pour sa disponibilité et pour son sourire. Je la remercie pour m’avoir permis de profiter de la course dans les meilleures conditions.
Merci à mon épouse Lucie, qui m’a soutenu pendant toute la préparation, pour m’avoir surpris sur le parcours et pour m’avoir donné l’énergie et le mental pour terminer le parcours dans les meilleures conditions.
Je remercie Hélène et Nicolas, pour leur accueil et leur soutien, pour s’être levéq à 5h30 du matin et ainsi m’encourager sur le parcours.
Je remercie ma tante, qui a fait la nocturne avec moi à sa façon, en m’envoyant un message toutes les deux heures pendant toute la durée de la course.
Je remercie tous ceux qui m’ont envoyé des messages d’encouragements, que ce soit sur mon portable mais aussi sur ma page Facebook ou mon compte Twitter. Vous avez été tellement nombreux! Ca fait chaud au cœur. Merci beaucoup!
Je remercie Chloé de m’avoir permis de me remettre vite d’aplomb grâce à ses massages énergisants et revitalisants.

Ils l’ont fait et ils racontent leur aventure

Noostromo sur la Saintexpress: http://blog.noostromo.com/2011/saintexpress-2011-un-pas-vers-lultra
First Quartile Runners: http://firstquartilerunners.wordpress.com/2011/12/07/saintelyon-2011-le-recit/
Noob Coureur: http://www.noobcoureur.com/2011/12/saintelyon-2011-compte-rendu.html
Djailla: http://blog.djailla.com/2011/12/12/234eme-sortie-saintelyon-2011/
Giao: bientôt…
Julien: prochainement…
Jean-Marc : http://taillefertrailteam.fr/archives/3574
Stéphane: http://www.courir-au-feminin.com/blogs/steph95/une-nuit-en-enfer.html
Hadrien: http://runreporterrun.wordpress.com/2011/12/09/saintelyon-2011-voyage-au-bout-de-la-nuit/
NFKB: http://www.nfkb0.com/2011/12/08/la-deception-de-la-saintelyon-2011/
R2G2: http://r2g2.marichez.fr/2011/12/07/ma-saintelyon-2011/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=ma-saintelyon-2011
Belblog: http://belblog.belet.org/2011/12/saintelyon-2011-la-revanche-dhumildite.html
Tercan: http://tercan.martinsfamilly.fr/?p=2632
La vidéo de Yves Servanton: http://youtu.be/7CQ_Ft1bNlY

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