Marathon de Paris 2012: le récit de mon nouveau record

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Marathon de Paris 2012: départ

Dimanche, je participais officiellement à mon second marathon, mon second marathon de Paris. L’année dernière, ma blessure m’avait empêché de courir dans les meilleures conditions et de me préparer comme il se doit pour le grand rendez-vous. Résultat: un 3h55 avec 14 km dans la douleur, parcourus au mental et contre les crampes. Cette année, pas de pépin en vue. Je peux courir vers mon objectif: moins de 3h15.

Objectif: 3h13min13sec
Objectif: 3h13min13sec

Cela fait bien longtemps que le MDP est présent, presque tous les jours. Cela commence avec les inscriptions débutés en septembre de l’année dernière. Finalement, je me dis que non, je n’irai pas sur le marathon. Un mois plus tard, Asics, via l’agence Bernascom, me convie à rejoindre la TAP (Team Asics Press). C’est un grand honneur. Et un privilège. C’est avec une grande joie que j’accepte. En novembre, c’est le grand rassemblement au showroom d’Asics. Des dizaines de journalistes répondent présents aux différentes épreuves proposées par Asics. Mon choix s’oriente, comme vous vous en doutez, sur le Marathon de Paris. C’est donc Jean-Pierre Monciaux, avec un palmarès long comme le bras, et notamment celui d’avoir été le premier français sur le MDP en 1998 (14ème), qui me coachera.

Au showroom, les mensurations de mon pied sont prises. Ce sera la Asics Gel DS Trainer 17 qui sera ma coéquipière pour le grand rendez-vous. Fin janvier, je débute ma préparation pour le marathon, à raison de 4 sorties par semaine sur 12 semaines. Mon objectif est simple: travailler le fond et la vitesse, un peu perdu lors de ma prépa à la Saintélyon. Mais mon entrainement est très vite écourté par une vilaine bronchite. J’arrête de courir pendant 2 semaines. Le retour est difficile mais Jean-Pierre retravaille mon plan d’entrainement et me remet à niveau en 2 semaines.  Progressivement, j’enchaine les entrainements avec facilité et je prends confiance en moi. Voire un peu trop. Et je me prends une bonne claque au semi de Paris, avec un départ trop rapide. Une bonne expérience avant le marathon qui me rappelle de ne pas partir trop vite. Le semi de Rueil permet de me rassurer, j’ai pratiquement mon allure marathon.

Le marathon approche doucement, la charge de travail diminue progressivement. J’entre dans la phase des « tamalous ». C’est la période pendant laquelle tu paniques sur la moindre mauvaise sensation que t’envoie ton corps. Puis, c’est la dernière semaine. Tu ne penses plus qu’à cela pratiquement. Le stress monte. Je me fait une sale nuit en début de semaine. Je suis décalqué le jeudi, je fais une bonne nuit le vendredi et une bonne grasse mat’ le samedi matin pour récupérer le sommeil. A tous les repas, c’est pâtes, pâtes, riz, pâtes, légumes, poisson, viande. Pas d’alcool pendant les 2 semaines qui précèdent le marathon. Même pas pour fêter mes 30 ans la semaine précédente. Je les fêterai plus tard…

Equipement marathon de paris
Préparation de l'équipement

Le samedi, c’est une journée de préparation. Préparation du matériel et de ma tenue Asics que je checke 10 fois. Je regarde la météo; je réajuste ma tenue. J’étudie les différentes possibilités pour mes allures, fichier excel à l’appuie. Courir en negativ split? Nan, je suis trop foufou et sans suffisamment d’expérience pour pouvoir le tenter. Mon objectif est de courir en moins de 3h15. Allez, soyons un peu plus ambitieux, visons un objectif de 3h10. Cela fera une allure de 4’30 » au kilo. C’est facile à retenir. Et puis, si je me plante, personne n’est au courant…

Sur le dossard, je note, comme à chaque fois, les kilomètres où sont situés mon épouse et ma famille. Je note aussi les endroits où seront postés Clara, Philippe, Mathieu, Sébastien, Bernard… Il ne faudra pas louper le kilomètre 21,5; c’est à cet endroit que j’échangerai avec Lucie ma gourde de boisson de l’effort vide contre une pleine.

Le soir arrive, ma famille aussi. Elle passe me faire un coucou mais elle sait que je suis déjà dans ma course. Je prépare les affaires d’après course: boisson de récup’ et boules de soja Effinov; barres Mulebar, mes vêtements chauds, des chaussettes et chaussures de rechange. Puis je vais me coucher à 22h30. Mais mon esprit doit surement s’éteindre que vers minuit…

Jour J

6h15. je me lève plus tard que l’année dernière. Je n’aurai pas les 3 heures de digestion que je m’impose habituellement. Je ne prends pas un plat de pâtes comme j’ai l’habitude de faire avant une course. Pour une fois, j’ai décidé de rester sur un petit- déjeuner classique avec tartine de pain complet avec crème de sésame, thé, jus de fruits, fruits, yaourt au soja. Je découvre un petit mot de Lucie, scotché sur le bocal de crème de sésame, pour m’encourager. Douche. J’enduis mes pieds de Nok, j’enfile ma tenue de course Asics Team Press, puis je superpose les couches histoires de ne pas me refroidir avant la course. Car pour cette édition 2012, ce ne sera pas un climat estival qu’on a connu en 2011. 7 petits degrés sont annoncés pour ce matin avec un vent du nord. Super!

J’embrasse mon épouse qui viens de se lever et je pars direction le métro. L’année dernière, j’habitais à deux pas de la ligne de départ. Cette fois, je profite de cette foule de coureurs qui remplit doucement les rames du métro au fur et à mesure des stations. Charles de Gaulle Etoile. Tout le monde descend. Pas besoin de chercher son chemin, il suffit de suivre la foule. Puis je longe l’avenue Foch pour rejoindre le bus Asics. Je finis le trajet vers la ligne de départ en compagnie de Fred Brossard, lièvre de Laurent Wilk. Il aura pour mission de l’aider à atteindre son objectif: 3h30. Dans le bus, nous retrouvons Elodie de l’agence Bernascom. Elle nous fait découvrir notre coin vestiaire. Il y a beaucoup de VIP Asics qui sont bien placés sur la ligne d’arrivée qui accueillera surement des kenyans dans quelques heures…

Photo de la Team Asics Presse au Marathon de Paris 2012
Photo officielle de la Team Asics Presse 2012
Greg Runner
Greg Runner - 1m70 - 70 kg - 30 ans

Nous retrouvons Patrick de Running Café. Depuis que sa cuisse a lâché au semi de Rueil, c’est pas trop la fête. Du coup, il revoit son objectif à la baisse ce ne sera pas 3 heures mais 3heures24, ce qui lui permettrait tout de même de se qualifier pour Boston en 2013. Puis toute la Team Asics Presse est conviée sur le podium pour la photo officielle. Fred me prend en photo puis je fais de même pour lui. Et nous voilà partis en petite foulée vers la ligne de départ. Avec Patrick, nous parlons de sujet running au sens large. Ca annonce du bon prochainement sur Running café… Nous empruntons des chemins qui servent de raccourcis pour retrouver nos sas puis nous y arrivons: les Champs Elysées. Bondés. Très vite , je perds Patrick et l’équipe dans la foule et la TAP, sans leur souhaiter le meilleur pour la course. Je retrouve mon sas jaune (3h15) à 8h15. Il est déjà plein. Je commence la queue pour aller une dernière fois aux toilettes. Malheureusement, les toilettes ont encore été négligées cette année (j’ai même l’impression que c’est pire que l’année dernière). Au bout d’un quart d’heure, je ‘ai pratiquement avancé. Des femmes sont derrière moi. Je me dis que j’ai la chance d’être un homme et je sors de la file pour remplir ma bouteille d’eau comme je peux, avec toute l’intimité que cela procure…

Je prends un photo de la foule au départ. Le départ est donné pour les handisports. Il reste 10 minutes. Je mets en marche la recherche des satellites de ma Garmin Forerunner 405. C’est surement la dernière course que je vais faire avec elle après 3ans de bons et loyaux services, une remplaçante m’ayant été offerte 7 jours auparavant pour fêter mes 30 ans. Il reste moins de 10 minutes avant le départ. Je suis là, je regarde la foule, la famille qui s’est approchée des grilles. Bien que ce soit nous qui soyons enfermés dans les sas, j’ai plus le sentiment que c’est nous qui soyons en liberté, prêt à nous envoler pour 42,195km…

Je regarde ma montre. 8h44. Déjà! Vite, j’enlève le sac plastique qui me tient à bonne température depuis la sortie du car Asics. Le départ est donné. Nous avançons, le sas jaune est le second sas à partir. Je suis dans le côté droit du sas, c’est celui de gauche qui part en premier. Puis c’est à nous. La ligne de départ s’approche. Je baisse la tête et je découvre que l’épingle à nourrice qui tient le haut de mon dossard a disparu. Je le remets très vite en place avec les 3 épingles qui restent. L’idée que la poisse commence m’effleure l’esprit…

Le départ est lancé

5 minutes après les kenyans, je franchis la ligne de départ et j’enclenche ma montre. C’est parti! Je descends les champs Elysées en claquant des dents. J’ai froid. Certains coureurs ont gardé leur sac plastique pour le départ de la course. Pas con. A noter au cas où pour les prochaines courses. Les spectateurs sont de part et d’autre de l’avenue pour assister au départ. Le premier kilomètre est affiché, nous arrivons à la place de la Concorde. 2 virages sont à négocier avant de se retrouver rue Rivoli. Ma vessie se fait sentir mais je pense pouvoir me retenir un bout de temps. Palais Royal: les pompiers ont sortie la grande échelle et un pompier surplombant la rue qui déverse son flot de coureurs applaudit des encouragements. On s’approche de l’Hôtel de Ville. Je sais que Clara y est avec sa sœur. Je guette, je guette mais je ne les aperçoit pas. Je continue ma course en espérant ne pas rater les potentiels personnes qui pourront me donner l’énergie d’avancer. Nous arrivons à la Bastille. La foule est présente mais pas encore assez échauffée pour montrer son enthousiasme. Je demande au public un peu plus d’encouragements, qui se fait entendre sans attendre. Ca me donne la patate. Je vois alors Philippe qui me fait un grand signe et qui me dit… Je ne sais pas ce qu’il me dit. Mais je sais qu’il veut m’encourager. Ca fait du bien de voir un visage familier parmi toute cette foule, parmi tout ce public, parmi tous ces coureurs. Je commence à retrouver une rue plus étroite qui sert d’entonnoir. Je guette sur le côté droit et je remarque alors ma femme, ma tante, mon oncle et ma cousine, arborant t-shirts, bandeaux et banderoles avec les inscriptions « Go Grégo ». Je leur fais un coucou, ils m’ont vu et se font entendre pour m’encourager. Je suis content mais je suis toujours surpris de la brièveté de ce moment. Je poursuis mon chemin, car il y a encore une trotte!

On emprunte maintenant le chemin qui est si casse patte pour le semi de Paris. Il faut dire qu’il se situe au 16ème km, et que je mets 10 à 15 secondes de moins au km. Tiens en parlant du chrono, j’en suis où? Je l’ai à peine regardé. J’oscille entre une allure de 4’10 » et 4’20 ». J’essaie de retenir mes jambes car elles ont tendance à oublier qu’il y a mur un franchir suivies de 15 bornes sur le dernier tiers du parcours. Mais je n’arrive pas à les maintenir à 4’30 ». Ça redescend au niveau de la rue Daumesnil. Mathieu, le fameux Mathieu que j’avais rencontré sur le parcours du marathon et que j’ai retrouvé sur de nombreuses courses ensuite, est dans les parages. Il m’a envoyé un texto avant le départ pour me dire où il serait positionné. Il est en fluo, je ne devrait pas le loupé. Je le vois alors et je l’interpelle, il me crie ses encouragements et je poursuis de nouveau. Je vais pouvoir entrer dans le bois de Vincennes. Et soulager ma vessie dans un coin tranquille à l’abri des regards indiscrets. Enfin je veux dire trouver un arbre inoccupé…

J’entends alors un « Allez les étoiles ». Je pense savoir qui sait. Je repars après avoir perdu quelques secondes et je guette. C’est bien lui, Olivier, le coach des 2 étoiles et coach de Runners.fr. Je lui fais signe et il m’encourage également. Le bois de Vincennes est un peu plus calme. Il y a moins de spectateurs. Je regarde mon chrono de temps en temps et je vois juste que je suis dans les temps, enfin que je suis plus rapide que l’allure nécessaire pour attendre mon objectif. Je pense alors à ce que j’ai lu sur Facebook, quand Fred Brossard dit de courir comme au feeling la première partie et de ne pas perdre l’avance prise en seconde partie. Ou encore la discussion téléphonique avec Jean-Pierre de Run reporter Run que j’ai eu la veille:  » Tu pars à fond, ensuite tu ne ralentis pas et à la fin tu accélères »…

Le monde est déjà présent devant le château de Vincennes. Est-ce les partisans de gauche qui sont déjà présents pour le meeting de F. Hollande, dont les écrans affichent déjà le « C’est maintenant »? En tout cas, c’est maintenant le MDP et qu’il faut nous encourager. Puis ça redevient calme, paisible. Le bois de Vincennes résonne des pas des coureurs. Je double un peloton d’une team aux couleurs orange. Au centre une certaine Amélie Moresmo que j’encourage par un « Aller Amélie ». Puis toujours ce silence, où seul le murmure des chaussures lapant le bitume se fait entendre.  Et soudain, comme sorti d’un rêve, les cors de chasse résonnent. Ils sont situés dans un virage à tête d’épingle qui  annonce le retour vers Paris. C’est aussi le tiers du parcours: km14. On passe une nouvelle fois devant un ravitaillement. J’ai juste pris un peu d’eau claire. J’ai ensuite donné ma bouteille d’eau à un coureur qui l’a jeté par terre… (bouhhhh!)

J’ai tout ce qu’il faut sûr moi: un gel et ma boisson, de Effinov. Un peu de gel et 2 gorgées tous les quart d’heure. Ca devrait le faire. Pas besoin de s’arrêter aux ravito.

Puis on sort de Vincennes, on passe au-dessus du périphérique et on retrouve la foule. C’est incroyable. Elle est partout. J’ai l’impression d’être au Paris-Roubaix, à la trouée d’Aremberg! J’ai une vague d’émotion qui manque de couper mon souffle, qui passe très vite à une banane que j’ai jusqu’au oreille. Les supporters sont là, et ils donnent de la voix. Je tape dans la main des enfants. Et des adultes. Les coureurs ne font qu’un avec le public. C’est magique!

Je redescends l’avenue Daumesnil pour finir la première moitié de ma course. A la montre, 1h32min39sec pour 21,17km. Good. Mais je n’ai pas encore conscience du chrono que je peux faire. Il peut se passer tellement de chose sur la seconde moitié du parcours. La course n’a pas encore commencé…

Baiser au marathon de Paris
"Et j'envoie un baiser à la famille..."

Je guette mon fan club. Moment tactique, je passe par les stands pour changer ma gourde. Juste le temps de faire la changement, d’embrasser mon épouse et de repartir en envoyant un baiser au reste de la famille. Je remets la gourde dans mon porte-bidons. C’est sûr, une gourde pleine, c’est plus lourd qu’une gourde vide. Et mes jambes me le font savoir, et me rappellent qu’on vient tout de même de boucler un semi-marathon. Retour vers Bastille où la ferveur est au rendez-vous. Je tourne à gauche pour retrouver la Seine puis je tourne à droite pour la longer. Cela fait 24 kilomètres que je cours et que je double, sans cesse, toujours et encore, j’avale les coureurs comme les mètres, un par un. Puis ca y est, on longe les quais. C’est là que va vraiment commencer la course. Pourquoi? Parce que c’est là qu’on enchaîne montées et descentes. Mais le public est là. Les gens lisent mon dossard et m’encourage d’un »Allez Greg! ». Ca fait chaud au cœur et je remercie par la parole et par un geste de la main. Jusqu’à celui de Sandrunning. Que je surprends par mon avance chronométrique, et qui me surprend car je ne l’attendait pas du tout. J’ai juste le temps de me retourner pour m’apercevoir que c’est bien elle avec son légendaire sourire que je lui rends (enfin, je crois, en tout cas, j’essaie).

Puis un long tunnel, qui passe sous les Tuileries pour nous reverser sur la place de la Concorde. La foule est à nouveau là. Un « Go grégo » me surprend car rares sont ceux qui m’appellent Grégo. Je me retourne et aperçois Rosalie, ma belle-mère, venue m’encourager et m’apporter toute son énergie. Il en faut car les montages russes ne sont pas terminées. Et elles entament leur travail. Des coureurs commencent à marcher, à se mettre sur le côté pour s’étirer. L’année dernière, j’étais à leur place, les crampes commençant à se faire sentir. Cette année, les crampes ne sont pas là, mais les muscles commencent à se raidir. On approche du Troca. C’est la fin des montées et descentes. Je suis bien. Je profite de ce moment pour courir en contemplant la Dame de Fer qui a accueilli trois semaines plus tôt les membres de la Runnosphère qui ont couru l’Ecotrail. Des joggers profitent pour se glisser dans le flot des coureurs, là, juste devant moi, sauf qu’ils n’avancent pas. J’entends un « ca va vite dis donc ». J’ai juste le temps de les écarter des bras en leur demandant expressément pardon. Au 30ème km je trouve que c’est un manque de respect envers les marathoniens. Le KM30 est en vu. Je retrouve Lucie et toujours ma famille qui est bien là. Je fais signe du pouce pour les rassurer et leur signaler que tout va bien. Lucie m’hurle que Pierre-Antoine, son père est de l’autre côté. Je cherche mais je ne le trouve pas. Je le retrouve un peu plus loin, il court en parallèle de la course, à mon rythme. Je ne sais plus ce qu’on dit mais ca fait du bien au moral ce bout de chemin ensemble. Puis il me laisse filer en m’encourageant pour la suite. Puis j’entends un « Greg » interrogateur. Je me retourne mais je ne vois aucun visage qui m’est familier. Un nouveau « Greg Runner? » auquel je réponds. Le coureur à côté de moi se présente comme Guillaume Danielo, il me connaît via Facebook et mon blog. Je lui réponds rapidement et nous échangeons quelques mots. Mais je sais qu’il faut rester concentrer maintenant, car c’est là que tout se joue. Je sens que Guillaume me suit puis finalement, je le perdrai en route. Nous échangerons ensuite via le livestream  que j’organisais sur mon blog le soir-même.

On s’approche du KM32. Philippe doit y être posté pour y attendre Salvio et l’aider à courir les 10 derniers kilomètres. Et il est bien là, une tape dans la main et il me renvoie vers ma course. Je double toujours. Les coureurs commencent à marcher ou à s’étirer sur les côtés. L’hécatombe commence. On s’approche du km 35 et j’apprendrai plus tard que j’ai loupé Julien, posté au km34. Je sens mes jambes devenir raides et avoir moins d’énergie. Mon ventre me fait également ressentir qu’il en a un peu marre du gel. Je longe le ravito et je prends un quart d’orange et une demie banane. Je sais qu’il doit y avoir Bernard et Sebastien dans le coin mais je commence à perdre un peu de lucidité et je suis concentré dans ma course. Je les loupe. Je mange deux bouchées de bananes, mon quart d’orange, remet un petit coup de gel par dessus, et j’arrose tout ça de deux gorgées de boissons de l’effort. Je commence à compter les kilomètres restants. Ils sont beaucoup plus longs qu’au départ. Et puis il y a ce faux plat de la longue allée de Longchamps, accompagnée de rafales de vent glacial. Mais c’est le KM39. Plus que 3. Toute l’allée est remontée, je double encore. KM40, plus que 2. Je retrouve à nouveau le coach Olivier qui encourage ses étoiles. Un petit coucou et il me répond que c’est bon, les 3h15 sont en ligne de mire. Un peu que je les ai. Epingle au KM41. plus que 1,195km. Lucie est là et me dit qu’elle arrive tout de suite. Elle me suit en parallèle du parcours en Vélib. Elle me hurle dessus et demande au gens de donner de la voix. L’émotion monte en moi et j’ai dû mal à la contenir. Je manque de perdre mon souffle. Elle me laisse mais quelques centaines de mètres plus loin, je l’entends encore.

Sprint final vers l'arrivée du marathon de Paris
Sprint final vers lal ligne d'arrivée

Plus que 800m. J’entends la foule de l’arrivée. Non, c’est juste le bruit des voitures qui roulent sur le périphérique par dessus lequel je passe. Puis c’est là, voilà le rond point de la porte Dauphine en vue. C’est bien la foule que j’entends cette fois, parmi elle, ma famille bien positionnée mais que je ne vois pas. je suis concentré dans mon incroyable accélération à … 14km/h, 4min/km. Ridicule Mais l’énergie me manque pour faire plus. Le panneau des 42 km est dépassé, je m’approche de la ligne d’arrivée. Plus que 5 mètres. Je franchis la ligne d’arrivée en levant le bras ponctué d’un « Yes » (= je l’ai fait, c’est fini). J’arrête mon chrono et je découvre mon temps: 3h05min48secondes. Incroyable! Pratiquement 10 minutes de moins que mon objectif officiel pour mon second marathon! 50 minutes de moins que mon premier marathon couru l’année dernière.

 Nouveau record pour mon second marathon

Je me dirige vers les barrières situées sur le côté droit. Et j’y retrouve, de l’autre côté, Pascal, de Runners.fr. On a tous les deux la banane. Il a porté, au sens littéral, l’oriflamme rouge des meneurs d’allure, celui des 3h. Il a réussi sa mission, il est super content, pour lui, pour moi, d’être là, tout simplement. Puis je me dirige vers le fond du sas d’arrivée pour récupérer mon t-shirt de finisher puis ma médaille. Je rebrousse ensuite le chemin pour retrouver mes affaires au bus Asics, positionné pile devant la ligne d’arrivée. J’y croise rapidement Elodie de l’agence Bernascom, à qui j’annonce mon temps et ma joie. Elle m’invite à rentrer vite et à me restaurer. Ce que je fais, car le vent souffle et il fait froid. Je retrouve un journaliste  de la TAP avec qui j’avais échangé avant le départ. Il a l’air content. Puis Patrick de Running Café, ca s’est passé comme il voulait malgré sa blessure, il est qualifié pour Boston. Pendant que je me change pour m’habiller chaudement, je discute avec Xavier, qui travaille pour Athlete Attitude. Il vient de terminer son premier marathon avec 4 minutes de plus que son objectif: 2h41!! Nous nous retrouverons plus tard via les réseaux sociaux. Avant de ressortir du bus pour retrouver mon fan club, je salue les coachs Jean-Pierre Monciaux et Vincent Philippon. Je remercie Jean-Pierre pour m’avoir permis d’atteindre cet objectif, et il me dit tout sourire que c’est quand même moi qui ai fait le job. Oui, mais sans plan d’entrainement digne de ce nom, je reste persuadé que je n’aurai pas eu le même chrono…

Je ressors du bus Asics pour retrouver ma famille. Je dois remonter à nouveau le sas d’arrivée et je tombe sur Giao, tout sourire comme toujours, heureux d’avoir couru le MDP en moins de 3h30. Nous nous accolons pour nous saluer et nous féliciter mutuellement. Il me parle de Salvio qui n’était pas au meilleur de sa forme. Quelques secondes après, il arrive et la fatigue se lit sur son visage; il est exténué. il explique que le genou a bloqué, que le mur était là, et il a tout donné pour franchir la ligne d’arrivée. Il me semble déçu, mais pourtant, je lui rappelle qu’il est marathonien!! Puis il me demande ce que j’ai fait, et à l’annonce de mon temps, son visage s’illumine. Il me félicite et me prends dans ses bras en disant qu’il est très content pour moi. Ca me touche beaucoup; c’est ca l’esprit sportif que j’aime, c’est ça aussi la Runnosphère.

Salvio est marathonien
Salvio est marathonien!

Mais il fait froid et j’ai toujours hâte de rejoindre les miens. Je laisse Giao qui attend ses amis et je remonte le sas avec Salvio, qui reçoit officiellement sa médaille de marathonien. Nous passons devant le ravitaillement et j’en profite pour prendre un peu de banane, de l’eau, etc. Puis j’abandonne Salvio qui va chercher sons sac et se changer. Moi, je retrouve le point de rendez-vous et Jean-Pierre. J’apprends qu’il a fait 3h06 et des brouettes. Il visait les 3h05 mais il est content de son chrono, c’est un nouveau record. Quand je lui annonce le mien, il est tout aussi surpris que moi. Puis il me félicite. Il a l’air embrouillé dans ses idées mais je lui confirme que mon objectif était de courir en moins de 3h15…

Nous nous dirigeons vers les supporters du jour, à savoir ma famille et mon épouse, que je peux enfin embrasser, mais il y a aussi Philippe, Clara et sa soeur, puis Sandrunning accompagnée de Christophe nous rejoignent. Je suis sur un nuage. Nous échangeons, nous discutons, je suis heureux. Salvio nous rejoint, puis c’est au tour de Noostromo qui a lui aussi tout donné! Il a terminé en 3h39 et lui aussi est depuis quelques minutes marathonien! Nous discutons encore un peu mais mon fan club a froid, et moi aussi. Puis j’ai faim. Nous décidons de rentrer pour déjeuner et abandonnons la petite équipe. Je n’aurai pas vu Kejaj pour son premier marathon, ni Maya qui nous prépare quelques chose… Une dernière photo pour immortaliser le moment devant l’Arc de Triomphe. Mais le marathon, c’est fini. En tout cas en ce qui concerne la route. Car le 18 mai, c’est le marathon de l’Hortus, cette fois avec 2000m de dénivelés. Il ne faudra pas compter sur moi pour faire moins de 3heures sur ce coup là…

Greg Runner et son fan club
Greg Runner et son fan club

Remerciements

Il y a tellement de monde à remercier…
-ASICS: je tiens à la remercier car c’est grâce à eux que j’ai participé à cette course. Mais en plus, ASICS m’a fourni un équipement complet (T-shirt, short, veste et chaussures Gel DS-trainer 17), un coach pour me préparer dans les meilleures conditions, et un accueil sur la course digne des athlètes de haut niveau! Un grand merci!
– Jean-Pierre Monciaux: pour la préparation qu’il m’a permis de suivre, et qui m’a permis d’atteindre plus que mon objectif
– l’agence Bernascom: Elodie et son équipe font un travail formidable et ont particulièrement été disponibles. C’est aussi grâce à eux si j’ai pu me retrouver à fouler les rues de Paris pour cet évènement mythique de la course à pied.
– mon épouse Lucie: première fan, première supportrice, mais aussi nutritionniste, cuisinière, masseuse, psychologue et coach. Elle participe grandement au succès de ma course.
– ma famille et ma belle famille qui ont fait le déplacement pour m’encourager sur le bord de la route et me redonner au passage l’énergie mentale qui booste les jambes.
– mes amis et collègues pour leur sms et messages d’encouragement avant la course.
– la Runnosphère: parce qu’ils sont présents, physiquement ou par outils de communication interposés, et sont là pour maintenir la pression ou d’en lâcher, mais surtout parce que chaque membre a toujours le mot qu’il faut pour aider, soutenir et encourager. Merci à ceux qui étaient sur le parcours pour encourager, photographier ou accompagner, même si j’en ai loupé quelques uns.
– tous les passionnés de course à pied que j’ai rencontré, que ce soit via mon blog, mais aussi Facebook, Twitter, la Runnosphère, la Pasta Running Party, pour vos encouragements et votre chaleur humaine.
– tous les bénévoles et organisateurs pour leur disponibilité, leurs encouragements, leurs sourires, malgré le froid.
– tous les supporters qui, malgré le froid, sont venus le long du parcours encourager un membre de leur famille, un ami, un proche, mais aussi à tous ceux qui ont encourager par leur prénoms (inscrits sur les dossards) des coureurs qui leur étaient inconnus.

Le marathon de Paris 2012, ils en parlent…

Chacun de ces récits vaut le coup d’être lu, car chacun a vécu le marathon de Paris à sa façon.

La runnosphère qui a couru
– Jean-Pierre: http://runreporterrun.wordpress.com/2012/04/20/marathon-de-paris-2012/
– Giao: http://thegiao2001.typepad.fr/inzesentier/2012/04/resultats-du-marathon-de-paris-2012.html
– Salvio: http://www.jecoursparis.fr/marathon-de-paris-2012-mon-debut-sur-la-distance/
– Nicolas: http://blog.noostromo.com/2012/marathon-de-paris-2012-bonheur-et-douleur/
– Kejaj: http://jaj360.blogspot.fr/2012/04/marathon-de-paris-2012-cr-dun-neo.html?spref=fb
– Maya: à venir

La runnosphère qui a supporté:
– Philippe: http://jahom.wordpress.com/2012/04/17/a-lecole-du-marathon/
– Sebrom: http://running.sebrom.org/2012/04/marathon-de-paris-2012-en-mode-reporter.html
– Julien: http://www.djozikian.com/elodiejulien/index.php?post/2012/04/17/Marathon-de-Paris-2012-%3A-supporter-et-photographe
– Bastien: http://blog.djailla.com/2012/04/17/273eme-sortie-accompagnateur-marathon-de-paris/

Ils l’ont fait:
– Pascal: http://runners.fr/j-ai-ete-meneur-d-allure-au-marathon-de-paris/
– Running Café: http://www.runningcafe.fr/news/route/mon-marathon-de-paris-%E2%80%A6-en-%C2%AB-positive-split-%C2%BB-%E2%80%A6-8728
– Running Gou: http://www.running-gou.com/2012/04/mon-premier-marathon-paris-le-15-avril.html
– Nathalie: http://lespapotagesdenathalie.blogspot.fr/2012/04/we-parisien-we-marathonien.html
– Renaud: http://renaudcapmarathon.blogspot.fr/2012/04/marathon-de-paris-15-avril-2012.html?spref=fb

Ils l’ont suivi à distance:
– Carmel: http://www.malinmaligne.com/2012/04/18/le-marathon-de-paris-2012-comme-si-jy-etais/

54 Commentaires

  1. Super Greg, bon maintenant tu vas avoir la tentation des 3h 🙂
    Chouette récit on s’y croirai, les conditions n’avaient pas l’air évidentes

  2. Un très très GRAND BRAVO !!! Tu m’as scotché et fais plaisirs à la fois.

  3. Ca te dit de venir tenter les 3 heures avec moi le 21 octobre au Marathon Seine et Eure (Val de Reuil – 1 h de Paris) ?

    • Cela aurait été avec plaisir mais je me suis déjà engagé sur le marathon des villages (Cap Ferret) qui aura lieu 2 semaines avant. Je devais le courir l’année dernière mais une grippe m’en avait empêché. Ce sera la revanche cette année.

  4. En lisant ton CR, j’y suis encore! Mais là, je crois que mes jambes ne suivraient pas. Merci pour le lien, Greg.
    Bonne récup’.

  5. Bonjour,

    Comment est-ce raisonnablement possible de gagner 50′ au marathon en 1 année? Je suis preneur de conseils 😉

    • La première année, je me suis blessé un mois avant le marathon. Je n’ai pas eu le droit de courir pendant 4 semaines, jusqu’au départ. J’avais donc eu des crampes à partir de 30km. Cette année, j’avais juste la forme et bien préparé la course…

  6. Bravo pour ce nouveau record. La progression en un ans est impressionnante. Mais ou vas tu t’arrêter … ?
    Merci pour ton récit, j’ai l’impression d’avoir couru à tes côtés.

  7. Encore bravo, je te l’avais déjà dit : « je suis scotché par ta performance » ! Je le dit sans jalousie ! Encore bravo…

    • Merci beaucoup JP. C’est un plaisir d’avoir partagé ce moment avec toi. Tu sais sur qui compter maintenant pour te tenir la bourre sur les moins de 3H! 😉

  8. Et bé! en voilà un récit qui donne envie de recourir le MDP!! Bravo à toi!! quel progrès!!

  9. tu te confirme dans ma « black-list » 🙂 … bravo encore pour ta super perf !!!

  10. Encore bravo Greg ! Préparation, Plaisir, Performance, Partage. Les 4P ! Et merci pour le lien. Bonne récup’.

  11. En lisant ton CR, j’ai repensé à celui que tu avais écrit l’année dernière et qui m’avait tout autant ému ! Tu décris bien toutes ces sensations que l’on ressent en courant un marathon, tout ce qui se passe dans notre tête, tout ce dont on a besoin pour venir puiser notre énergie : les supporters connus ou inconnus, des cris, des encouragements, des sourires…ça fait tellement de bien !
    Lorsque j’étais sur la ligne d’arrivée à encourager les finishers, j’ai agacé mon voisin de barrière à force de crier et de supporter tous ceux qui passaient à proximité de moi !
    Encore bravo Greg pour cette incroyable performance bien méritée !!

    • Merci! Merci encore pour ton soutien sur la course. Et puis les gens qui râlent derrière les barrières n’ont leur place que devant l’écran de la TV…

  12. y a des courses comme ça où tout se déroule sans accroc et où le soutien des proches transcende. celle-ci semble en faire partie. Mais un marathon n’est jamais facile, un chrono jamais arrêté tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie et celle-là il fallait aller la chercher. si Pascal se souviendra longtemps de ton expression après l’arrivée, je me souviendrai aussi longtemps de la décontraction que tu affichais en bas de la rue Molitor. Ta grosse perf démontre bien qu’avec notre niveau, un gros mental et une bonne paire de couilles, un chrono de 3 heures n’est pas forcément du domaine du rêve 🙂

    • Oui, j’ai pensé à toi. Je me suis dit que j’étais dans un bon « Flow »…
      En tout cas, merci pour ton soutien!
      Allez, un petit 3 heures, ca te dit? On met ça pour quand? Marathon des villages?

  13. Bravo Greg ! C’est impressionnant cette amélioration de 50 minutes. Merci pour ton superbe récit ! J’ai l’impression d’avoir vécu ce marathon avec toi.

  14. Salut, Greg
    Je te renouvelle mes félicitations pour ta ténacité et cet excellent récit. TU nous fais pénétrer au cœur de la course et de tes émotions: simplement magnifique.
    Merci pour ton petit mot, j’étais effectivement au km 35 🙂
    Bonne récup!

  15. Félicitations Greg pour cette énorme progression ! Et bravo pour ton super compte-rendu ! Je suis incapable de me souvenir d’autant de chose une fois la course terminée 😉 Bonne récup et bon courage pour la suite !

  16. Enorme performance greg ! Un grand bravo !!!

  17. Superbe CR, on le vit vraiment avec toi !!
    Tu as vraiment effectué une course idéale et quel chrono !

  18. @Greg : je t’ai déjà félicité à l’occasion de ton très innovant chat du lendemain mais je te le redis « bravo », tu as signé un joli chrono.
    Bonne récupération et à bientôt dnas les allées du bois de Vincennes 🙂

  19. Salut
    Un beau récit de course comme je les aime!!! C’est drôle on a couru la même épreuve chacun à sa façon… on partage des instants très semblables comme si on s’était côtoyé de près et puis des sensations si différentes! L’accélération Porte Dauphine: moi je ne l’ai pas ressentie!!! A bientôt.

  20. BRAVO à toi GREG, une sacrée belle progression que voilà, j’avoues humblement que je t’avais sous estimé dans mes pronostics!!
    RDV à L’HORTUS même si là les 3h seront dures à taquiner!

    P.S : Sur la photo du TEAM ASICS le coureur en survêtement blanc derrière toi c’est Florent PIBOU un grand pote, comme quoi le monde est petit!

  21. Si tu gagnes encore 50 minutes sur ton prochain marathon… aie aie aie !

    Grosse perf’ de ta part, j’en suis encore assis !

  22. C’est bien de faire les ajustements à ton plan suite à ta bronchite. C’est l’avantage de ne pas avoir un programme statique coulé dans le béton. Superbe performance sur ce marathon. Tu t’es franchement bien repris pour l’an passé.

  23. Félicitation pour ce super nouveau record ! Très impressionnant, tu n’es pas prêt de t’arrêter à descendre le chrono, ça se sent ! 🙂

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