Mon Défi du Jerzual


Récit de course: le Défi de Jerzual

Samedi, je participais à ma première course bretonne et non des moindres, puisqu’il s’agissait du très populaire Défi de Jerzual, à Dinan.

Partis vendredi soir pour retrouver nos amis du côté de Dinan, Chouchou, qui m’a vendu la course, m’emmène le samedi matin sur le terrain pour faire le repérage. La bonne idée est d’aller directement sur la grosse difficulté de la course: la côte de Jerzual.

Côte du JerzualRepérages

Nous arrivons sur place sur le haut de la côte et nous la descendons à pied. Je commence à me rendre compte de l’étendue de la difficulté. La côte est hyper longue. Sa longueur est 3 fois plus grande que ce que j’imaginais. Arrivés en bas, je me retourne et je vois ce dénivelé important se dresser devant moi. Et histoire de rendre la tâche beaucoup plus difficile, le revêtement est composé de bons vieux pavés. Heureusement, il ne pleut pas! Ce qui est sûr, c’est que je ne terminerai pas cette course en moins de 40min. J’estime un  minimum de 42min pour faire les 2 boucles de cette course de 10,5km, comprenant donc 2 montées de la côte de Jerzual.

Nous identifions la suite du parcours en voiture. Nous retirons ensuite nos dossards, ainsi que celui du cousin de Chouchou. Nous rentrons pour déjeuner nos pâtes puis nous devons ensuite patienter jusqu’à 18h, l’heure du départ.

Pendant que les femmes visitent Dinan, nous restons à la maison pour parler de course à pied. Il s’agit de la première course officielle de Chouchou. Sébastien, le cousin, nous raconte sa course réalisée il y a 2 ans…

Défi de Jerzual: avant le départ16h, nous nous changeons pour enfiler nos tenues de combat puis nous partons pour Dinan. Après avoir tourné un peu dans la ville pour trouver une place de stationnement, nous retrouvons nos femmes à la terrasse d’un café. Le stress monte progressivement et je vais vider ma vessie une dizaine de fois. Nous y croisons des amis et l’oncle de Chouchou.

17h, nous partons nous échauffer tout doucement. Nous nous rendons alors compte que la chaleur est assez étouffante, empreinte d’humidité. Ça va être dur!

Moins de 30 minutes avant le départ, nous nous rendons sur la ligne de départ, qui se situe juste derrière le sas des préférentiels. Chouchou est idéalement placé pour son premier start. Le stress monte de plus en plus. Nous ne l’entendons plus Chouchou, qui se demande si il est bien à sa place juste derrière les élites. Puis les élites se placent devant nous. L’heure du départ approche. La foule des coureurs commence à nous compacter. La grille qui nous sépare des élites est soudainement soulevée par les coureurs eux-mêmes. C’est la bousculade, ça devient n’importe quoi. Juste le temps de nous souhaiter une bonne course et nous ne pouvons plus bouger.

C’est parti!

18h Le coup de feu résonne et la foule des coureurs se déverse dans la rue qui descend le long des remparts. Je temporise par rapport aux coureurs qui me doublent à toute vitesse; je suis pourtant à une allure de 3min20/km. Les foulées des coureurs soulèvent un nuage de poussières sur le chemin caillouteux. Nous rejoignons le bitume par un virage en épingle et nous entamons une longue descente par la route. Nous passons non loin de la mairie de Léhon, où s’étaient mariés nos amis Cutcut et Lolo il y a 2 ans. Nous arrivons ensuite sur le chemin de hallage, qui annonce le plat. L’allure est gérée en préparation à la côte de Jerzual, à environ 4min/km. Un beau tape cul se dresse avant la ravitaillement en eau qui nous est proposé. Ça redescend tout doux . Au bout, un virage à 90° sur la gauche où je distingue la foule. A mon passage, je lève les mains vers le haut pour leur demander de faire du bruit et d’acclamer les coureurs. La réaction est immédiate.

Défi de Jerzual: après la côteLa côte se dresse alors devant moi, composée de milliers de pavés. Au fur et à mesure que j’avance, la foule se densifie. Je souffle bien à fond pour oxygéner au maximum les muscles. J’ai la tête baissée, le regard fixé sur le sol, le cerveau déconnecté. Je passe la porte de l’enceinte fortifiée et découvre une foule encore plus dense, je sens un homme qui me tape sur l’épaule et me dit « courage garçon, c’est bien! » Mais je n’ai pas le temps de relever la tête pour voir de qui il s’agit. Dernier virage de la côte, celui de la crêperie (hein Chouchou!), la pente passe à 18%; ça commence à piquer, le souffle est de plus en plus difficile. Mais j’arrive au bout. A peine sur le plat, je me demande comme ce sera sur la seconde boucle. Je viens de grimper les 500 mètres en 3 minutes, j’ai atteint les 196bpm, je n’ai pas encore fait la moitié de la course. Du coup, je tente d’accélérer un peu le rythme tout en essayant de reprendre mon souffle. Les femmes sont là, sur le côté en train d’encourager. On n’entend qu’elles alors qu’il y a des centaines de personnes en train de regarder les coureurs finissant d’agoniser. Nous repartons du centre de la ville forte par une rue moins fréquentée, et nous quittons la ville par une seconde porte, pour longer les fortifications. Je dois réduire fortement mon allure avant de terminer la première boucle pour reprendre mon souffle. La première moitié du parcours est réalisée en 21 min 15 sec.

Seconde boucle

Mes jambes en ont pris un coup, le second tour va être rude.  La descente est un peu moins rapide, je tente de récupérer un maximum. Dans la descente, la première féminine me double et je l’encourage. Je suis surpris car elle me remercie, sympa, même en plein effort!

Avant le retour sur le chemin le long du canal, au niveau de la piscine, les parents de Chouchou sont là pour nous encourager. Mais je ne les vois pas. Sur le hallage, je retrouve un peu les jambes, mais je maintiens un rythme moyen de 4min/km. Il m’arrive tout de même d’avoir de temps en temps un coup de mou puis de retrouver aussitôt de l’énergie. Je ralentis au tape-cul avant le ravitaillement et je m’asperge le visage d’eau. Il fait toujours aussi lourd, je suis trempé. Virage à gauche, et c’est reparti pour la côte du Jerzual. Cette fois la foule est encore plus dense. Ça encourage à tout va.

J’ai l’impression d’être complètement au ralenti, je souffle comme un bœuf. Je n’avance pas! On me retape sur l’épaule. Cette fois, je lève les yeux et je découvre l’oncle de Chouchou, que je venais de rencontrer juste avant la course, sur la terrasse du café. Ça motive d’être encouragé comme ça! Et un peu plus loin, c’est carrément un « aller Greg » que j’entends parmi le brouhaha. Je lève la tête et je vois une femme qui dit « Si c’est bien lui! » en me regardant. Ça doit donc être bien pour moi ces encouragements inespérés! Mais mon cerveau ne fonctionne plus. Il s’agit en fait de la maman de Cutcut (mais si, celle qui s’est mariée avec Lolo, j’en parle un peu plus haut, suivez un peu!) que je n’ai rencontrée que deux fois!

Le pavé s’étend devant moi. La côte me semble beaucoup plus longue qu’au premier tour. Je lève la tête et je vois la seconde crêperie. En une demi-seconde, je me surprends à me dire « Merde, il reste encore de la montée et c’est le plus dur. Mais aussi rapidement, l’esprit du combattant resurgit en moi, et je continue de pousser sur les bouts de bois qui me servent de jambes pour en finir au plus vite avec cette foutue côte du Jerzual. Je fends la foule qui ne laisse qu’un chemin très étroit. Les jambes brûlent, le souffle est court, mais je poursuis.

Défi de Jerzual: 2eme boucleEnfin, le faux plat. J’ai mis une minute de plus qu’au premier tour pour parcourir les 500mètres de cette côte. Mais je me dis que pour maintenant, il faut tenter le tout pour le tout, qu’il est temps de puiser dans les réserves. Le virage sur la gauche permet de quitter le rue de Jerzual. Je fais à nouveau signe aux spectateurs pour leur demander de donner de la voix. Les femmes sont là, elles, bien présentes vocalement. Un petit coucou pour la photo et je file tel un éclair qui, 100 mètres plus loins n’a plus de jus. Je gère donc pour reprendre un peu d’énergie. Je me colle derrière un coureur. Lorsqu’on attaque la dernière partie du parcours le long des remparts, un coureur me double, je le suis et double le coureur qui était devant moi. Les 200 derniers mètres sont courus à une allure de 3min30/km. Je sais que devant, je ne rattraperai pas les coureurs, je regarde derrière moi; mon poursuivant est assez loin. Je maintiens donc cette allure et je franchis la ligne d’arrivée en 43min32, à la 83ème place!

Il est où le Chouchou?

Défi de Jerzual: ChouchouA l’arrivée, un yahourt et une bouteille d’eau me sont remis. Je rejoins un des coureurs avec qui j’avais patienté sur la ligne de départ. Il a fini la course en 41min 30! Le premier, Christopher Yris, bat un nouveau record sur la course en bouclant le parcours en 34min35, pratiquement 1 minute avant le 2ème! Sébastien, le cousin, arrive après 44min45sec de course à la 114ème position. Puis arrivent les filles qui ont pu encourager Chouchou sur son sprint final. Il finit sa première course en 55min31, à la 676ème position. Il finit dans la première moitié du peloton. Il a souffert et a joué de malchance sur le parcours, rencontrant différents problèmes, notamment par rapport à ses lacets.

Il est déjà 19h. Les filles se mettent en route pour rentrer, Céleste doit prendre son bain et son biberon. Nous, nous avons des tournées de bières à payer (puisque nous avons chacun perdu nos paris), une crêpe à déguster et un t-shirt à retirer. Je suis triste car il n’y a pas de médaille pour nous récompenser, qui aurait était bien plus sympa que le t-shirt tout moche que nous retirons.

En trinquant, nous refaisons notre course, mais ce qui est sûr, c’est que Chouchou, il reviendra sur cette course pour en découdre avec le chrono. Et me concernant, je me dis pourquoi pas?…

Remerciements

Un grand merci à Chouchou pour m’avoir invité sur ce Défi, qui est une très belle course. Dommage que le Dinannais soit timide, n’hésitant pas à se boucher les oreilles quand les filles ont encouragé Chouchou sur le sprint final.
Merci à mes supportrices de choc! Et photographes à la fois!!
Merci aux supporters « suprise » placés sur le parcours!

10 Comments

  1. Très beau CR bien relaté comme toujours ! Ta mémoire visuelle m’impressionnera toujours autant !
    En tout cas cette côte pavé avait l’air bien violente !!!
    Bonne récup’ ! A bientôt

  2. 18% la cote ? joli ! Par contre, tu aurais pu mettre une tournée de cidre au lieu de la bière… même si cette dernière est meilleure pour la récupération (ou pas).

  3. En effet 18% de pente sur 500 mètres c’est vachement violent. ça correspond a peu prés à 1 km de plus sur du plat. Alors, faire l’équivalent de 11.5 kms en moins de 44′, chapeau !

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  5. C’est du sérieux cette cote a 18%, bravo pour ta course et ton courage. j’ai vraiment apprécié lire ton CR. Bonne Récupération l’ami.

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