No Finisher de l’UTMB

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No Finisher de l'UTMB

Il y a parfois des moments où on a vraiment la poisse. C’est ce que je me dis par rapport à l’UTMB.

Certes, je n’avais aucune course préparatoire. Mais j’avais une reco de l’Echappee Belle mi-juin qui m’avait plutôt rassuré par rapport au travail en plaine à Paris. J’étais très à l’aise en descente et même si j’avais encore un peu de travail pour les montées, c’était sur la bonne pente.

Une grande forme puis un dos en vrac

A 15 jours avant l’UTMB, j’annonçais à ma femme que mes sensations étaient très bonnes et que j’allais assurer sur la course. Oui, mais. Nous sommes partis en vacances en Savoie et notre literie est déplorable. Je me réveille le lendemain du premier jour du séjour avec un lumbago. J’appelle une douzaine de kiné et d’ostheo afin d’essayer de décrocher un rendez-vous rapidement. C’est une ostheo qui me reçoit 3 jours après que le lumbago se soit déclenché. Et je ressors soulagé mais pas complètement rétabli. J’arrive à randonner avec ma femme mais j’ai une fatigue permanente, notamment le soir.

Je ne dors plus dans le lit, bien que nous ayons retiré le matelas pour le poser au sol. Je dors sur un canapé, dont l’assise est bien plate et me permet de mieux dormir.

Le mercredi que précède de 2 jours le départ de la course, toute la famille m’accompagne à Chamonix. Nous passons un agréable après-midi à regarder les courses organisées par l’UTMB pour les enfants. Le soir, ma famille repart. Je n’ai aucunement envie de leur imposer mon isolement dans une bulle, en encore moins le suivi de la course. Ils termineront leur vacances en Savoie bien tranquillement, à profiter du séjour.

En me rendant le soir au barbecue organisé par la marque Altra, mon dos me fait souffrir. J’appelle les Kiné de Chamonix et j’obtiens un rendez-vous pour le lendemain midi.

La séance se passe bien et me soulage. J’ai même des exercices à réaliser pour me soulager et faciliter le rétablissement. Je me repose beaucoup dans ma chambre, je fais mes exercices et je me colle un patch chauffant sur les lombaires. J’arrive même à mettre au lit Vincent Gaudin, mon compagnon de chambre, avant 22 heures!

place-de-l-amitie-chamonix-utmb

Vendredi, Bastien débarque. Il est mon assistant de luxe sur la course. L’adrénaline commence à monter, les affaires se préparent, on parle de stratégie de course, de temps de passage, de la chaleur, de l’orage prévu pour le lendemain soir. C’est l’euphorie et mon dos se fait oublier. Aussi, quand je me rends sur la place de l’amitié à 17h, lieu du départ, je me dis que j’aurai réussi à soigner mon dos juste à temps.

Sur le départ de l’UTMB

Sur la place, c’est l’euphorie, les familles accompagnent leur coureur et attendent avec eux le départ. Ça s’embrasse, ça s’encourage. L’hélicoptère passe, on applaudit les mains en l’air, ça fait de belles images. Puis les enceintes crachent la musique Conquest of Paradise. Les gorges se nouent, on piétine, on s’impatiente…

Départ de l'utmb

Et c’est parti. Le départ n’est pas digne de celui de Ushain Bolt sur le 100m des JO du Brésil. On marche lentement. Je vois Lucile qui arbore un t-shirt avec des encouragements écrits dessus, et Sébastien. Puis une foule dense, massée sur les barrières, qui crient et applaudissent les coureurs qui vont s’élancer sur 170km et 10 000m de dénivelé. La foule s’étend sur 2 à 3 km puis qui se dissipe peu à peu au fur et à mesure que nous entrons dans les bois.

Ca y est, nous y sommes. Pourtant, tout semble encore irréel. La distance et le dénivelé me sont que des données complètement abstraites. Dans ma tête, la parcours est surtout une succession de cols à franchir et de ravitaillements à rejoindre.

La sortie de Chamonix est un sentier de 8km qui est assez plat, avec quelques petits tape-cul, les sensations sont bonnes, même pas mal au dos, malgré le sac de plus de 3 kg. Arrivés aux Houches, nous entamons une ascension jusqu’au Delivret. Les sensations sont toujours bonnes même si je ne vas pas très vite. Je me fais même doubler par les Lapins Runners!

 

col de voza - utmb
Photo: J-P Allaire

En arrivant en haut, je vois Jean-Philippe Allaire qui me prend en photo et avec qui j’échange un peu, puis Sylvain Bazin. Quand je vois ce dernier, les sensations sont moins bonnes. Je lui en fais part puis je repars.

La descente aux enfers

Puis débute la descente pour Saint Gervais, premier point de ravitaillement du parcours. La descente est un véritable calvaire. Alors que j’ai l’habitude de fuser et de prendre des places dans ces parties de parcours, je suis à l’agonie. Impossible d’avancer en courant. Je marche donc, puis j’essaie de courir de nouveau. Mais le dos me fait mal, j’ai des nausées, mes jambes sont en compote… Sur mon tableau de bord, tout clignote rouge. Après plusieurs tentatives pour essayer de courir, j’abandonne. Je marche. La descente est longue et pénible. Je me fais doubler en masse. Sur ma montre, je regarde le dénivelé. Il descend progressivement mais tellement lentement. J’appelle Bastien. Il est bien à Saint Gervais. Je lui dis que je ne pourrai pas aller plus loin.

En approchant de Saint-Gervais, j’ai la tête basse. Les spectateurs m’encouragent par leurs bravos. Mais il n’y a aucun bravo à en tirer. Je vais m’arrêter là, au premier ravito du parcours. Quand je vois Bastien, j’essaie de me retenir mais je craque, les larmes coulent. Deux ans à avoir cette course dans la tête pour faire ça. Lorsque je franchis l’arche du ravito, le speaker annonce que je suis dans les 50 derniers. Et je suis arrivé 15 min avant la barrière horaire.

No Finisher de l’UTMB

J’essaie de manger un peu de soupe et de boire de l’eau fraîche car il fait encore très chaud bien qu’il soit 22 heures. Puis je me dirige vers le PC de course pour rendre mon dossard: un bon coup de ciseau dans le papier qui devait m’accompagner pendant tout le week-end au niveau de la ceinture, et un second coup de ciseau au niveau du sac, pour récupérer la puce. Voilà, je suis officiellement non finisher de l’UTMB.

Je préviens ma femme et ma famille qui avaient décidé de ne pas se coucher tôt et de passer une partie de la soirée devant l’ordinateur. Puis avec Bastien, nous nous rendons à Contamines pour essayer de voir Vincent. À notre arrivée au ravitaillement, Vincent a déjà bipé son arrivée depuis 2 minutes. Nous le cherchons mais nous avons très peu de visibilité. Puis, j’entends dans les enceintes un échange entre le speaker et Vincent: ça parle cookies!

On le voit alors à la sortie de ravito. M’apercevant, il comprend tout de suite et il montre sa déception pour moi. Tout de suite, je l’encourage et lui dit qu’il ira au bout!

Puis, avec Bastien, nous prendrons le temps de discuter autour d’une bonne bière fraîche, avant de rejoindre nos pénates. Le week-end fut plus court que prévu…

médailles de l'utmb

25 Commentaires

  1. Ah, ces ultra nous mettent à rude épreuve… Tu avais déjà eu des antécédents de lombalgies ? Car souvent la literie n’est que le déclencheur.
    >> Il n’y a plus qu’à faire du gainage, du renforcement musculaire, et à re-signer pour l’année prochaine !

  2. Je comprends ta déception . Ton billet reflète ton courage . Tu vas reprendre le départ de cette course un jour et tu vas être finisher.

  3. Ce doit être une énorme frustration …difficile à digérer mais pour sûr qui va donner encore plus de goût à ta prochaine tentative ! Same player… Try again !
    Remets toi bien … et rechausse !

  4. Dur très dur ce qu’il t’est arrivé. Quand on voit tous les « sacrifices » qu’une préparation pour un objectif représente, on se dit que c’est un sport ingrat! Mais il est aussi magnifique. Prends le temps de bien te soigner et je suis sûr que l’UTMB ne te résistera pas la prochaine fois! Bon courage!

  5. On ne peut malheureusement pas tout contrôler.
    Prends bien le temps de récupérer de ton lumbago.
    Je comprends ta déception car cet objectif a été en ligne de mire durant de long mois et d’autant plus que le ticket d’entrée se mérite.
    Tu sauras mettre à profit ta préparation pour un autre beau défi, pas de souci !!

  6. C’est un récit qui reflète bien les difficultés du trail.
    Un moment que beaucoup de traileur redoute mais vive au moins une fois.
    Bon rétablissement, je ne doute pas que la prochaine fois tu verras l’arrivée !

  7. Ce n’est que partie remis !!! Avec ton entraînement, t’a quand même une putain de caisse, et tu reviendras plus fort ! En mode Elite l’année prochaine 🙂

  8. ouh putain c’est dur ça

    je ne sais pas ce qui faisait que tu en avais plein le dos mais je sais que les entraînements, le boulot, la famille et les autres activités ça finit parfois par être trop difficile…

    Les courses de l’UTMB ne me font plus rêver et je suis très content de ça. Ptêt qu’un jour je le ferais en OFF avec un organisme comme WAA pour faire le parcours en entier mais c’est tout. La CCC et la TDS en off m’ont beaucoup plu mais je n’ai pas trouvé ça ouf non plus, surtout la CCC. Bref, y’a plein d’autres beaux trails, surtout à cette même période de l’année et bien moins chiant pour s’y inscrire (le GRP, UT4M, Echappée Belle, etc.)

    Vide donc ton sac à dos et souviens toi un peu de tes belles réussites avant de regarder l’avenir

    Sportivement,
    Rémi

    • J’avais envie de passer à autre chose, c’est tout.
      Pour les autres courses, c’est vrai qu’il y en a d’autres

    • Le truc, c’est que l’UTMB, c’est l’UTMB. Après, je ne le sais que trop bien qu’il existe d’autres belles courses et j’imagine bien que je ne pourrai toutes les faire. De toute façon, quelle que soit la course, ça fout toujours les boules de moulin le rendez-vous.

  9. Ils en parlent aussi: Runnosphere.org - Ensemble : A Chamonix

  10. Bonjour,
    Y’a des moments comme ça, malheureusement où il faut savoir se résoudre. Faut maintenant se remotiver pour repartir encore plus fort… on y croit !
    Sportivement,
    Anaïs

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