UTMB 2017: l’édition la plus dure? [récit de course]


UTMB: mon arrivée

L’UTMB 2017 est une édition exceptionnelle. D’abord par son plateau d’élites alignés sur le départ, le magnifique podium (et les athlètes qui suivent réalisent des temps magnifiques (à l’exemple de Xavier Thévenard qui termine 4ème, en 20h de course et quelques poussières), mais aussi par les conditions météorologiques dantesques.

Flashback

UTMB: de la contemplation à la participation

En 2010, j’avais suivi de prêt, via le live et le web, les coureurs de l’UTMB, que je découvrais. Je me souviens parler de cette épreuve à ma femme, de ces coureurs hallucinants, qui parcouraient 170km et 10 000m de dénivelé autour du Mont Blanc en moins de 50 heures. Mon épouse m’avait regardé d’un air méfiant en me demandant si je comptais le courir un jour. J’avais répondu sincèrement que c’était plutôt réservé à des coureurs complètement fous!..

Quelques années plus tard, j’effectue des Ultra Trails sur lesquels je ne m’en sors pas trop mal, et je prends vraiment mon pied sur des distances de 80 à 100 bornes. Je suis l’aventure UTMB de Doune en 2013, où admiration et envie se mêle. Je réalise une CCC histoire de découvrir le terrain en 2015 et en 2016 je me lance sur l’UTMB, après avoir engrangé les points nécessaires à mon inscription. Trois semaines avant la compétition, tous les feux sont aux verts, je n’ai jamais été aussi affûté et prêt à en découdre.

Fauché par un virus

Pourtant, je m’arrêterai à Saint Gervais après 20km de course. J’ai le dos en vrac, pas d’énergie. La descente vers Saint Gervais était un calvaire. Quelques jours plus tard, j’apprendrai qu’un virus a attaqué mon foie, mes reins et ma rate.

Je mets deux mois à m’en remettre. En tout cas, fin octobre, mes analyses sanguines redeviennent nickel. Je reprends l’entraînement mais à chaque fois que je commence à retrouver mon niveau, je m’effondre, vidé. J’ai la chance de pouvoir m’aligner une nouvelle fois à l’UTMB, mais c’est loin d’être gagné.

Retour de la forme

Finalement, fin mai dernier, je consulte Charles-Antoine Winter, diététicien-nutritionniste qui s’y connaît pas mal dans les sports d’endurance. Globalement, il me recommande d’oublier mon poids de forme, de manger un peu plus et je découvre les produits Strath. Je couple cette potion avec une bonne cure de magnésium et de spiruline. Et mi-juin, je retrouve mes sensations. Je commence ma prépa UTMB.

Autant dire qu’à moins de 3 mois de l’échéance, je ne compte pas performer. J’ai dans les jambes une Odlo Crystal Run et un marathon de Prague. Côté compétition, au niveau trail, deux dossard: le Pacotilleur et  l’Oxy’Trail 5km. On ne peut pas dire que ce sont des courses qui comptent dans une prépa UTMB…

Je fais quelques off intéressants tout de même. D’abord un séjour en Haute-Savoie, avec 3 jours de découverte des Portes du Soleil, parfais pour me remettre en mode trail. Je programme avec Vincent début juillet un séjour trail : 90 bornes dans le nord du Vercors organisé par l’agence Arcanson. J’ai pris du poids, c’est sûr. Mais la forme revient bien, les sensations aussi.

Je fais des sorties longues de 3h maximum. Je gère l’augmentation du Volume pour éviter surentraînement et blessures. En août, pas de coupure ou de baisse de régime. Après tout, j’arrive relativement frais. Je continue à me faire plaisir en courant d’abord dans les Mont du Lyonnais, puis dans le décor de La Maurienne. J’en profite pour faire des courses de 20-25 bornes, flirtant avec les 3000m d’altitude par moment.

J’arrive sur l’UTMB avec une prépa légère, mais je reste confiant. Après tout, le mental fait la moitié du boulot non? Pour l’autre moitié, je m’appuierai sur mon expérience et sur ma capacité à gérer.

Semaine -1

Je ne suis pas stressé, malgré le manque d’entraînement. Je me suis entraîné jusqu’au week-end précédent l’UTMB. Les premières estimations météo tombent. Le temps va être exécrable. Va-t-on avoir un UTMB raccourci ? Vais-je savoir gérer les conditions météo? Le stress monte.

En 3 jours pourtant, je passe du stress à un état d’esprit beaucoup plus serein. C’est un véritable défi qui se présente. Et c’est une chance de participer à une édition qui sera mémorable. La force tranquille s’installe en moi.

Chamonix, me voilà !

Ma femme et mes enfants me déposent à Chamonix le mercredi midi. Cela me permet de faire le tour du village des exposants et de retrouver des amis ou de faire des rencontres, tout en me préparant tranquillement pour ma course.

Je retire mon dossard le jeudi matin. Pas de monde : la mécanique UTMB est bien huilée. Comme la plupart des concurrents, la veste imperméable est contrôlée, avec mon téléphone, ma couverture de survie et la frontale. J’ai le dossard 559.

 

#UTMB: J-1 Sympa mon nouveau bracelet, non?

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Jour J

Vendredi, c’est le jour J. Je me lève à 7h30, réveillé par l’excitation. Je regarde mon téléphone: l’organisation annonce les changements de parcours : pas de Pyramide Calcaire, ni de Tête aux Vents. Ouf, ça ne sera pas pour autant une édition au rabais. L’autre nouvelle émanant des organisateurs concerne les températures; elles descendront jusque -9°c.

Je passe un moment de détente avec Vincent et Sébastien à siroter un verre en terrasse au soleil.

Après le déjeuner, j’essaie de faire une sieste. Mais en vain. Je suis déjà trop concentré sur ma course.

L’après-midi, avec mon partenaire de chambrée, je prépare mon sac. Il faut dire que Vincent a une très grande expérience en Ultra. Il a même remporté l’Ultra Norway Race. Ses conseils sont donc les bienvenus!

Avec le froid annoncé, il faut être stratégique. Le sac est un peu plus rempli que dans des conditions classiques, à cause des affaires supplémentaires prises pour lutter contre les intempéries. Du coup, j’abandonne mon Camel Back au profit de deux flasques que je fixe sur les bretelles. J’embarque un peu moins de liquide que prévu, mais il ne fait pas chaud, je vais donc moins me déshydrater. Je prends tout de même une 3ème flasque vide que je laisse dans mon sac. Sans la poche à eau dans le sac, j’ai plus de place pour ranger les affaires.

Autre stratégie, je m’habille chaudement dès le départ de la course. Casquette pour protéger de la pluie, t-shirt et veste sans manches finisher de l’OCC de Vincent. Je pourrai la compléter par des manchons, de gants et d’une Gore Tex dès qu’il fera plus froid.

Pour le bas, j’enfile directement mon pantacourt et mes manchons + chaussettes. Au pied, ce sont les Columbia Montrail Caldorado 2.

Prêt à affronter l'UTMB

16h. Je suis prêt. Je fais mon dropbag pour Courmayeur, dans lequel je mets toutes mes affaires en double + de la bouffe, des gels et de la poudre de boisson énergétique plus qu’il n’en faut.

Quand je pars pour déposer mon dropbag, j’ai froid. La température est fraîche. La météo annonce de la pluie pour le départ. Ca promet !

17h30. J’en ai marre de piétiner. Avec Vincent, je me rends vers la place du Triangle de l’Amitié. La pression monte. Le stress positif s’empare de moi. Mon corps et mon esprit s’apprêtent à affronter l’UTMB.

Vincent m’abandonne sur le parvis de l’église, et je m’intègre dans le flot humain composé de coureurs et des membres des familles. Sur l’écran géant défilent les coureurs élites qui se mettent en place sur la ligne de départ. Un clapping est organisé par le speaker Ludovic Collet, avant que l’organisatrice de l’UTMB, Catherine Poletti prenne la parole pour rappeler les conditions que nous allons devoir affronter. Un seul mot d’ordre : on ne traîne pas là-haut.

Top Départ !

Puis l’hymne de l’UTMB, Conquest of Paradise, se fait entendre. Ca y est, on y est, c’est LE moment. J’ai des frissons qui me parcourent le corps. L’émotion me gagne. Le départ est donné. Les coureurs partent sous les applaudissements des spectateurs, joyeux d’affronter la course mythique.

Je mets plusieurs minutes avant de franchir la ligne de départ que je fais en marchant. Je suis trop content. J’embrasse Cécile, je salue Vincent ; plus loin, c’est un autre Vincent que j’embrasse…

Pendant plus de 5km, c’est une immense foule que nous traversons. Les spectateurs sont tous armés de leur appareil photo ou de leur smartphone pour nous prendre en photo ou filmer le flot de coureurs. Autant dire que la montée des marches à Cannes, c’est du pipi de chat!

L’euphorie est incroyable : on se tape dans les mains, ça crie, ça encourage, ça applaudit. Quel pied!

Progressivement, la foule s’étire. Le flot de coureurs un peu moins. Nous arrivons rapidement au premier ravitaillement des Houches. Je prends un peu d’eau avant de repartir. Un ultra, ça se gère dès le départ. Il faut s’hydrater et s’alimenter en continue, sinon, on le paie à la fin.

Puis je monte la première bosse du parcours. Nous croisons Emelie Forsberg qui, outre le fait de partager sa vie avec Kilian Jornet, est tout de même l’une des meilleures athlètes de trail et de skyrunning au monde. Je lui fais coucou, elle sourit en applaudissant, tout en redescendant à contre sens, pressée sans doute pour choper son homme sur un autre point du parcours et pour l’encourager.

Je rentre progressivement dans le brouillard, car même si on n’a finalement pas eu la pluie, les nuages sont bien présents, et bas. La nuit tombe vite. Je sors juste la frontale. D’autres coureurs sortent déjà leur coupe-vent. Je sais qu’à Saint Gervais, il fera meilleur, et que le passage par Delevret doit être rapide, même si il est un peu froid.

Sur cette première bosse, je retrouve Jean-Philippe Allaire, tout juste finisher de la TDS et organisateur du Treg ; le journaliste méga ultra runner, que tout passionné de running et trail connaît, Sylvain Bazin, et je ne le reconnais pas tout de suite dans la pénombre, Jocelyn Chavy, le créateur du magazine Wider. Décidément, on croise du beau monde sur cet UTMB !

La première descente, sensée être une mise en jambes, annonce déjà la difficulté de cet UTMB. Ca glisse avec la boue et les frontales créent un mur blanc devant moi à cause du brouillard, qui m’empêche de voir où je mets les pieds. Du coup, j’éteins la mienne, misant sur celle des autres coureurs que je double prudemment. Moi qui aime envoyer dans les descentes, me voilà bien frustré.

Chamonix – Saint Gervais : 2h53 – 21km – 900D+ – 1126ème

J’arrive au bout de 2h53 de course à Saint Gervais, plutôt rassuré par rapport à ma performance de l’année dernière. Je sais que ma famille et des amis regardent le live mis en place par l’UTMB. Ils ont aussi le souvenir de mon abandon de l’année dernière. Du coup, je fais un geste fort pour les rassurer, un solo d’Air Guitare devant la webcam (j’aurai d’ailleurs pu me faire sponsoriser ma prestation par La Chaîne Guitare de mon ami Pierre Journel).

Je profite du ravito pour manger et boire. Je reste vigilent pour ne pas trop manger, et surtout pour ne pas manger n’importe quoi. Je prends une soupe et je retourne sur mes pas pour la couper avec de l’eau. Je n’ai pas envie de perdre 10 minutes en attendant qu’elle se refroidisse. En buvant ma soupe, je croise le singe le plus célèbre de l’Ultra : Apostolos. On échange quelques mots puis on se sépare aussitôt.

Je quitte le ravito en mangeant un bout de banane tout en trottinant. Ca y est, je suis dans l’inconnu. Car je n’ai jamais eu l’occasion de courir de de Saint Gervais à Courmayeur. Après Courmayeur, le parcours est sensiblement le même que celui de la CCC.

Contamines: 4h32 – 31km – 1391m D+ – 1083ème

Le parcours jusqu’aux Contamines est assez roulant, en faux plat montant. Lorsque j’arrive aux Contamines, je fais le plein de mes deux flasques. Mais je galère et je perds pas mal de temps. Puis je mange un peu dans le ravito avant de repartir. Lorsque je sors de la tente, je prends froid et il pleut (je ne m’en étais pas vraiment rendu compte). Du coup, je m’arrête pour mettre ma veste Gore Running. A peine reparti, je me fais encourager par un supporteur dont la voix m’est familière. Je lève la tête et je découvre Stéphane Aitaissa, le rédacteur en chef de Runner’s World. Il revient d’une opération et je sais qu’il aimerait être avec moi sur ce parcours. Je lui claque la bise. Je repars presque aussitôt, mais je suis poursuivi par l’incontournable Jean-Pierre Run Run, qui a bouclé son premier trail deux jours auparavant, l’OCC. Il est en live Facebook. Le défilé se poursuit avec Julie Lutringer de Mange Tes Graînes, puis c’est Nicolas Gardon Rédac’ chef de Jogging International. Le parcours de l’UTMB est au trail, ce qu’est la croisette pour le cinéma !

Mais pas le temps de s’attarder. Je profite du parcours roulant pour trottiner, avant de monter vers Balme. 3km exactement. Et dès que commencent les choses sérieuses, il y a du monde. Une vraie ambiance. Je croise des gens qui redescendent et qui nous encouragent. Une femme ma lâche un « Allez Greg » que je remercie. Sans suit aussitôt un « Ha Greg, ça va ?! » Mais avec les frontales, je ne vois pas qui me parle. C’est à nouveau Cécile Bertin, de RunFitFun. On parle un peu, Sébastien et Vincent suivent. Echanges rapides, Vincent remonte un peu avec moi, caméra au point pour filmer ce grand moment de trail (à découvrir dans ma vidéo « UTMB : au cœur de la course »).

Puis je me retrouve à nouveau seul, dans la file indienne des coureurs qui se dirigent vers le prochain checkpoint.

Arrivé à La Balme, je rentre dans le ravito pour prendre une soupe et je ressors pour la boire. L’objectif est de ne pas me refroidir.

La potion salée avalée, je m’intègre dans la file indienne des coureurs, serpent lumineux s’évanouissant vers le sommet brumeux. Roche, boue… le sol est glissant, et peut être dangereux si on perd son équilibre. Quelques coureurs doublent par moment, histoire de grappiller des secondes qui pourraient leur coûter cher en cas de chute. Moi, je préfère suivre tranquillement, on est sur un bon rythme qui me permet de ne pas me mettre dans le rouge. Ce qui n’est pas le cas pour certains coureurs, déjà bien essoufflés… Savent-ils qui restent quelques 140 bornes à courir ?

Les nuages bas m’enveloppent dans un brouillard. Par moment, je ne vois pas au-delà de 10 mètres devant moi. Cela augmente l’isolement, et la nuit devient ainsi très obscure. Pas de ciel étoilé, seul le scintillement des frontales des coureurs devant moi m’ouvrent le chemin. La pluie n’a pas cessé de tomber depuis Contamines. Au fur et à mesure que je dévore les mètres de D+, la température diminue. La pluie devient de la neige fondue, puis de la neige.

La neige s’accumule sur les gants et les pipettes de mes flasques, qui deviennent des Mister Freeze. Les manches noires de ma veste Gore deviennent blanches par endroit. Il est 2h du matin et j’ai un coup de barre. Je lutte pendant presque 45 minutes contre le sommeil. Le lieu n’est pas propice à la sieste, il fait trop froid, et il y a trop de vent et trop de précipitations. Je bois, prends un gel, mange un morceau de banane que j’avais emporté au dernier ravito. Mais rien y fait. Finalement, c’est quand je commence à redescendre que mon corps se réveille. C’est cool, ça se court, mais il faut rester vigilent car le terrain glisse pas mal.

Je passe Les Chapieux à 3h du mat’. J’en profite pour me faire un bon ravitaillement, boire un peu de café, et refaire mes réserves de solides et de liquides.

C’est reparti pour une ascension en direction du Col de Seigne. Ca avance bien. Je m’appuie sur les bâtons pour avancer, histoire d’économiser mes jambes. Il pleut toujours. Dans ce petit rythme, je m’endors par moment. Enfin, je lutte de nouveau contre le sommeil. Je ferme les yeux, je fais deux pas, j’ouvre un œil pour identifier le chemin, je referme l’oeil…

Ouvre les yeux, bordel! Je me ressaisis en faisant une petite accélération afin de reprendre le groupe devant moi. L’activité me réveille. Alors, dès qu’une fenêtre se présente, je double le groupe, pour en rejoindre un autre. Je fais toujours attention à mon cardio, afin de rester en EF (Endurance Fondamentale).

Soudain, je m’aperçois que chacune de mes foulées, de l’eau gicle devant moi. Le tuyau de ma flasque gauche a disparu. Du coup, celle-ci fuit. Je la sors de sa poche pour boire tout son contenu. Je cherche rapidement ma pipette en remontant le parcours, mais en vain. Je la jetterai au prochain ravito et je la remplacerai par ma flasque de secours.

5h30 – J’atteins le Col de la Seigne. Il ne pleut plus. Les nuages disparaissent progressivement. Au loin, dans la vallée, je vois le prochain ravito. Le paysage est splendide, magnifique. Il est d’autant plus appréciable après n’avoir vu que de la boue, des pierres, du brouillard, et des fesses dans le noir!

UTMB: à l'apporche du Lac Combal

Lac Combal: 11h42 – 795ème – 65,6km – 3831m de D+

Après avoir zigzagué entre les pierres parsemées sur le sentier, j’arrive enfin au Ravito du Lac Combal. Je prends une nouvelle fois un café, puis une soupe. Je mange un peu. Je refais le plein d’une flasque. Je m’assois pour profiter de ma soupe, tout en discutant avec un belge. Puis je repars tranquillement sur le parcours plat. Mentalement, ça fait du bien de voire le ciel bleu, rougit par les premiers rayons de soleil. Je profite de ce paysage mêlant la pierre, la neige, l’eau et la verdure. Après avoir longé le Lac Combal, je passe devant l’impressionnant Glacier Miage, qui plonge vers moi  depuis ma gauche. Je repars sur la droite, pour remonter vers l’arrête du Mont-Favre.

Je suis plutôt surpris de mes capacités et de mes ressentis, qui sont plutôt bons, malgré mon manque de pratique sur le long depuis le début d’année. J’appuie toujours sur les bras en montée pour soulager les jambes, et c’est vrai que j’envoie moins que d’habitude. Mais il ne faut pas oublier que c’est ma première expérience sur 100 miles!

Il est presque 8h. Le temps est magnifique. Je revis!

Sur la crête, je suis un coureur qui a une bonne allure et qui double régulièrement. Ca fait du bien de dérouler un peu. On mène le train ainsi pendant 5 bornes, avant d’arriver au ravito du Col Checruit. J’y prends une assiette de pâtes avant de repartir.

Un petit saut de cabri devant le photographe et c’est parti pour la descente. C’est cool, c’est la 1ère descente sans boue. Du coup, je peux enfin m’amuser et dérouler. J’adore!

J’arrive rapidement vers Courmayeur. Avant le ravitaillement, je commence à avoir une gêne sous le pied, qui pourrait devenir rapidement handicapant.

UTMB: A 200m du ravito de Courmeyeur

Courmayeur: 14h – 670ème – 78km – 4325m de D+

Je découvre les belles petites ruelles pavées de Courmayeur tout en me dirigeant vers le Salle de ravitaillement. A son approche, les bénévoles, dans une mécanique bien huilée, me transmettent mon Dropbag. Dans la salle, je trouve une place près du ravito. Je n’ai pas d’assistant, du coup, je dois pouvoir me déplacer rapidement et facilement. Je prends une soupe et une assiette de pâtes. Je commence par les pâtes. Puis je me change. Je décide de me changer intégralement, sauf pour le cuissard et les manchons de compression. Je galère pas mal, en cherchant mes affaires et en essayant de refaire mon sac.

Je mange ma soupe et je fais un dernier tour au ravito. Au moment de partir, je tombe sur le sosie italien de Cécile Bertin. Je bloque sur cette personne en train de parler italien à un coureur. Finalement, elle se tourne vers moi et je découvre que c’est bien elle. Nous parlons un peu avant que je ne me mette en route. J’ai passé une heure dans le gymnase.

En ressortant, il faut de nouveau faire chauffer la machine. La sortie est rude, mais les encouragements donnent de l’énergie.

C’est parti pour l’ascension jusqu’au Refuge Bertone, 800m de D+ à avaler en moins de 5 bornes. Heureusement, le soleil est là. Il me chauffe le corps. Cela fait un bien fou. Je monte à un rythme régulier sans taper dans le rouge. Par contre, les personnes que nous croisons nous regardent comme si nous étions des extraterrestres. Pas un mot d’encouragement. Pas un mot tout court.

Au refuge Bertone, j’en profite pour bien m’hydrater. Le soleil peut-être traitre. La bénévole du ravito m’indique que juste après, un vent glacial souffle. C’est difficile à croire. Mais je mets tout de même ma veste avant de repartir.

UTMB: beau fixe sur le refuge Bertone

Effectivement, 10 minutes après avoir quitté Bertone, je me prends un vent glacial dans la tronche. Fini le soleil, Winter Is Coming. Ca me glace le sang. Je me couvre un peu plus, essayant de ne pas dépenser de l’énergie pour me chauffer. L’énergie doit me servir à courir. Au refuge Bonatti, je me sens comme vidé. Je m’abrite du vent, je mange ma soupe en somnolant un peu sur place.

Je décide de repartir pour ne pas m’endormir.

UTMB: Après le refuge Bonatti

Le temps se gâte; le vent froid que je me prends de face est désormais accompagné d’une pluie fine. Je trottine, la tête baissée. La visière de ma casquette permet de me protéger le visage. Je m’arrête même pour enfiler un tour de cou.

La descente vers Anourvaz est un calvaire de boue et de glissades. Ce n’est pourtant qu’un avant-goût de ce que la suite nous réserve. A Arnouvaz, le moral est plutôt dans les chaussettes.

A l'approche d'Arnouvaz

Au ravitaillement, je ne m’assois pas. Je mange, je bois, je fais le plein. Les bénévoles me disent que les coureurs doivent porter le surpantalon imperméable et les gants pour pouvoir ressortir. Ca promet!

Le moral n’est toujours pas au beau fixe, mais je ressors tout de même de la tente. Je ne préfère pas rester, trop de coureurs ont également le moral au plus bas, et certains parlaient d’arrêter ici. Je fuis donc cette ambiance négative, affrontant toujours ce vent glacial et sa pluie fine.

Je franchis une rivière avant de débuter l’ascension du point culminant du parcours: le grand col Ferret. Enfin, heureusement que je connais le parcours. Parce que, pour naviguer à vue, c’est pas gagner avec les nuages bas.

UTMB: En route pour le Grand Col Ferret

Toute la montée se fait dans la flotte et la boue. Je travaille sur mon mental pour reprendre un peu du poil de la bête. Je me projette sur la ligne d’arrivée et le plaisir que j’aurai à avoir accompli cette aventure. Je me dis également que j’ai la chance de participer à une édition dantesque, avec un plateau élite incroyable, et des conditions de terrain qui en font une épreuve bien plus difficile que les éditions précédentes.

Pendant ce temps là, François d’Haene franchit la ligne d’arrivée après 19h de course…

UTMB: winter is coming

Devant moi, je vous des coureurs qui glissent pas moment. Certains s’arrêtent pour reprendre un peu d’énergie. Moi, j’ai réussi à me booster et à monter à un bon rythme. La grêle fait son apparition. Je dois mettre le bras devant moi, au niveau du regard pour que la pluie gelée, portée par les rafales de vent, ne tape pas dans mes yeux.

UTMB: brouillard, froid et neige

Progressivement, avec l’altitude, la grêle se transforme en neige. Nous sommes dans les nuages, nous avons très peu de visibilité pour profiter de la vue.

Enfin, je vois le col devant moi, à une centaine de mètres. Je plains le bénévole chargé de contrôler les coureurs à ce point de la course. Je parle un peu avec lui et on fait une photo pour immortaliser ce moment. Je le laisse sur place, il est bien mieux couvert que moi.

UTMB: le bénévole du Grand Col Ferret

Grand Col Ferret: 20h38 – 664ème – 100km – 6233m de D+

Je viens de faire l’équivalent d’une CCC. J’avais fait cette course il y a deux ans. J’avais mis une heure de moins. Mais comparativement, je n’ai pa encore terminé et il me reste un peu moins de 70 bornes à courir.

Je me souviens d’une partie bien roulante après ce col. Très vite, je me rends compte que ce sera moins roulant cette année. En effet, la boue ne facilite pas les appuis. Je cours mais lentement, histoire d’éviter la chute.

Je croise un coureur qui marche bizarrement. Je l’interroge, il a chopé une tendinite. Pour lui la course s’arrête, mais il doit encore descendre les 10 bornes qui nous séparent du prochain ravitaillement.

La boue fait travailler des muscles qui n’ont pas l’habitude d’être sollicités, et sur une longue distance, ça ne pardonne pas!

Pour ma part, j’ai plutôt l’habitude d’envoyer en descente. Je me jette généralement dans la pente, ce qui permet de ne pas trop solliciter mas quadriceps. Avec la boue, je descends à une vitesse réduite et les muscles de mes jambes commencent à fatiguer. Et mon manque de pratique sur le long ces derniers mois ne doit pas m’aider.

UTMB: à l'approche de La Fouly

Avant le checkpoint, il y a une longue partie sur le plat, une route faire de bitume et de caillou: quel pied de pouvoir dérouler!! Ça me fait un bien fou! J’ai repris une attitude positive, je profite. Je fais même un petit pas de danse devant la webcam de La Fouly!

La Fouly: 22h04 – 638ème – 109km – 6278m de D+

Petit temps de pause pour bien manger et bien boire. Avec ce froid, il faut reprendre des calories. Et je remarque que je n’ai pas beaucoup bu depuis Arnouvaz. Pendant que je me ravitaille, je scotche devant un écran géant. Des familles et des amis ont enregistré une vidéo pour encourager les coureurs. Ainsi, quand le dossard d’un coureur est bipé à l’entrée de la tente, la vidéo s’enclenche. Cette opération de Crosscall est assez émouvante.

UTMB - La FOuly - We Have a message for you - Crosscall

Je ne m’attarde pas plus et je repars en direction de Champex Lac. J’appelle ma femme avec qui j’échange quelques mots. Pendant la discussion, je poursuis mon chemin tout droit alors que le parcours bifurque sur la gauche. Heureusement, des spectateurs me remettent sur le droit chemin. Un peu plus loin, d’autres supporters crient des encouragements, dans le téléphone. Puis il est temps de raccrocher, je suis regonflé à bloc.

La 1ère partie vers ce nouvel objectif est un faux plat en descente assez long, qui permet de bien courir. J’en profite et je double quelques coureurs. Il y a de plus en plus de distance entre les concurrents et il m’arrive souvent de me retrouver seul. Pourtant, le temps n’est pas long. Le paysage défile et j’avale les kilomètres les uns après les autres. Je suis dans ma bulle. Le paysage est assez joli, assez champêtre. On traverse par moment des petits hameaux. Pour ce qui est du paysage, difficile de voire les montagnes, avec ce ciel toujours aussi bas.

La seconde partie vers l’objectif monte. Je suis toujours dans un bon rythme. J’appuie sur mes bâtons et j’avance. Je garde le sourire. Même si il m’arrive de voir des drôles de choses. Mais ce ne sont pas encore les hallucinations.

UTMB: le début des hallu?

Finalement, j’arrive à Champex Lac plutôt en forme.

Champex Lac: 24h43 – 608ème – 123km – 6773m de D+

Comme toujours à chaque ravito, je prends mon temps pour reprendre des forces. Et je négocie toujours pour repartir avec une banane entière. Je pense que je suis à ma 15ème banane depuis le début de la course. Je profite de cette pause pour me coiffer de ma frontale.

La sortie du ravito est humide. Il s’est remis à pleuvoir abondamment. Pour me réchauffer, je me force à courir. Ca permet d’avaler plus rapidement des kilomètres. Et puis je double régulièrement un ou deux coureurs qui marchent. Le traileur n’aime pas le bitume et les parties roulantes. Mais pour moi qui aime la route et le trail, je prends plaisir quelque soit le terrain.

Il commence à faire sombre. Je me prépare à affronter ma seconde nuit. C’est à ce moment que je commence à grimper vers la Giète. Un pas après l’autre, mètre après mètre, j’avale le dénivelé. Je retrouve un autre coureur, puis un autre. Nous formons un petit train qui avance sans s’arrêter. De temps en temps, un wagon se décroche, se mettant sur le côté pour laisser passer le convoi de 5-6 coureurs que nous formons. Les frontales éclairent la caillasse blanche, la pluie lavant la roche que nous salissons avec notre chaussures crottées. Par endroit, le chemin devient un ruisseau. Mais les pieds trempés, nous ne faisons plus l’effort d’éviter les flaques.

Près de deux ruisseaux que nous traversons, nous croisons des bénévoles sous des tentes, éclairés par un feu de bois, disponibles en cas de chute d’un coureur dans ces passages sensibles.

Le ciel est dégagé. Je vois au loin dans le ciel 3 lumières distinctes formant un triangle. Surement un vaisseau spatial en stationnaire. Il restera pas mal de temps au même endroit… Les hallucinations auxquelles sont sujet les coureurs d’ultra commencent pour moi.

Dans la poursuite de notre ascension, je me retrouve devant, à mener le petit train. Mais progressivement, les coureurs derrière moi s’éloignent progressivement. Je me dis que je tiens toujours le bon rythme. J’arrive enfin en haut, avant de redescendre légèrement pour m’arrêter à la Giète.

La Giète: 27h51 – 550ème – 134km – 7763m de D+

Je m’assois sur le banc, bien au chaud dans une étable reconvertie en zone de ravitaillement léger. Je profite d’un bol de soupe chaude et une discussion s’entame avec 2 coureurs français, les bénévoles et moi-même. Le moment est convivial. Nous avons même droit aux restes du repas des bénévoles: des pommes de terre, du blanc de poulet et du boudin blanc.

Mais il est temps de repartir. Le parcours est juste un enfer boueux. Je me mets à courir et vlan, je me casse la figure dur sur le côté droit. Je me relève et je repars. Un peu plus loin, bim, cette fois sur le côté gauche. Décidément! Comme on dit, jamais deux sans trois. Cette fois, je pars sur le dos. Et sur ce coup là, je suis bien calmé. Et je pense que c’est à partir de ce moment là que je vais ralentir. David, qui me suivait depuis la Giète pense aussi que dans cette bouillasse, mieux vaut ralentir et arriver en un seul morceau. Du coup, on descend assez tranquillement, ensemble. Les genoux prennent pas mal, les jambes s’alourdissent. Nous maudissons ce parcours impraticable. Mais à deux, ça passe mieux!

Le parcours a changé depuis ma CCC. J’ai beaucoup de mal à reconnaître par moment le chemin que nous empruntons. Au loin, nous entendons la voix du speaker au ravito. Le checkpoint n’est plus très loin.

Trient: 29h07 – 552ème – 139,6km – 7787m de D+

A Trient, je rencontre les parents de David, qui le suivent sur la course. On discute un peu, tout en reprenant de l’énergie. David passe par la tente Petzl pour régler un problème sur sa Nao. Puis nous repartons.

L’ascension est d’abord rapide. David envoie dans la montée. Ou alors je suis à la ramasse. Dans tous les cas, je souffle pas mal dans la montée, pour pouvoir le suivre. Mais un pas après l’autre, je continue de monter. Je pense que le manque d’entraînement commence à payer. Ça devient vraiment dur sur la fin et je suis content de retrouver un terrain plat. Ultra trempé et boueux, mais plat.

J’adore la partie après Les Tseppes. Ca redescend de manière assez cool sur un single track. Mais là, je découvre ce parcours complètement noyé. Pas un brin d’herbe pour poser le pied et éviter de glisser. Je descends parfois 2-3 mètres en glissade tout en restant debout, me rattrapant sur les bâtons. Des tout schuss où la boue a remplacé la neige. David peste tout comme moi. Nous courons quand nous le pouvons. Mais nous marchons pas mal.

Sur les parties comportant des pierres, les hallucinations vont bon train pour ma part. Un bébé qui dort à droite, un ours à gauche, un dauphin en plein milieu du passage… Je sais que c’est mon cerveau qui traduit mal ce que mes yeux voient. J’essaie de me forcer à voir ce que c’est réellement, mais mes neurones sont trop épuisés. Mais ça ne me gêne pas plus que ça.

J’ai un peu de mal à reconnaître le parcours sur la partie vers laquelle nous arrivons. Avec David, nous commençons à discuter de l’heure d’arrivée. Nous estimons faire 35h de course.

Vallorcine: 34h17 – 545ème – 153,4km – 8738m de D+

Sous la tente, le père de David nous ramène à la réalité. On ne fera jamais 35h, il reste encore un bon morceau. Un bonne quinzaine de bornes… Et puis nous ne sommes plus très frais. Le dénivelé avalé jusqu’à présent correspond à deux ascensions du Mont Blanc au départ de Chamonix.

Comme il reste une trotte, je fais bien le plein, je discute avec des bénévoles. Puis je repars avec David. On longe une rivière qui nous apporte beaucoup de froid. Nous hâtons le pas pour nous réchauffer. Soudain, j’ai un gros coup de barre. Le sommeil s’empare de moi. J’essaie de lutter mais en vain. Je titube de droite à gauche, je m’appuie sur mes bâtons, mes yeux se ferment. Avec David, nous décidons de nous arrêter sur un rocher pour faire une sieste. Lui se couche aussitôt et se met à ronfler, après avoir décidé de nous reposer pendant 15 minutes. Moi, je sors ma couverture de survie et je m’emballe dedans. Je m’allonge, et plus moyen de dormir.

Quand le réveil sonne, je n’ai pas fermé l’œil. Nous repartons aussitôt. Le parcours est assez plat, même si il monte légèrement. Cela permet d’avancer. Le checkpoint suivant permet de nous faire traverser une route en toute sécurité. Nous avons mis 1h25 pour faire moins de 4 bornes!

Nous aurions dû passer à la Tête aux Vents, mais l’organisation a fermé ce passage. Nous pensons que le passage sera plus facile, amenant directement à La Flégère. Pas du tout. On emprunte un parcours avec des blocs de roche enchevêtrés. En pleine forme, j’aurai sauté comme un cabri de bloc en bloc. Là, je marche péniblement, évitant de glisser, m’appuyant sur mes bâtons, car mon genou droit commence à bien grincer et à me faire mal.

Le parcours de repli est par moment mal indiqué. Il nous arrive même de croiser un coureur à contresens. David lui explique la direction, mais ce coureur semble perplexe. Il ne nous suivra pas d’ailleurs. Il fait nuit, nous sommes dans le brouillard et la frontale crée un écran blanc devant nos yeux. Je règle la luminosité de la lampe au minimum. La technique serait d’accrocher la lampe à la ceinture. Mais j’ai la flemme…

Nous comprenons que le parcours monte avant de redescendre, pour ensuite remonter vers La Flégère. Lorsque nous entamons la dernière ascension, le jour se lève. Nous retrouvons quelques coureurs, de véritables zombies. Un Chinois dort un peu plus loin à même le sol.

Nous passons au-dessus des nuages. Le ciel est bleu, le soleil brille, il est 7h du matin. Nous sortons du bois pour attaquer les centaines de mètres qui nous sépare de La Flégère. La vue qui s’offre à nous est tout simplement magnifique. Le lever de soleil enflamme tout le massif montagneux en face de nous, jusqu’au Mont Blanc. C’est l’ultime récompense de cette nuit interminable.

Quand j’arrive à La Flégère, je suis lessivé. J’ai hâte de manger et boire avant de redescendre vers la ligne d’arrivée. Quoiqu’il en soit, je sais que je suis finisher. A condition de rester vigilent.

Sur le ravito, on papote encore un peu . Une bénévole, Roxane me reconnaît, grâce au blog et aux réseaux sociaux. On échange, on discute. Puis on repart. J’essaie de prendre en photo le Mont Blanc qui se dresse devant nous, mais les nuages remontent aussitôt, et je rate la prise pour quelques secondes.

Avec David, on décide d’arriver avant 8h30. Il faut qu’on se mette à trottiner. Mes genoux sont complètement verrouillés. Du coup, je ne cours pas mais je fais de grandes enjambées. J’arrive à suivre David ainsi jusqu’à La Floria.

A partir de La Floria, je me force à trottinner. L’arrivée est proche. On commence à oublier toutes les galères qu’on a eues: le parcours, les glissades, la boue, la pluie, la grêle, le vent, le froid… Tout est oublié car nous arrivons au bout.

On se marre car une nana nous double puis s’arrête pour se recoiffer. On la double de nouveau.  Elle ne redouble puis s’arrête cette fois pour ranger ses bâtons. Sa photo de finisher va être parfaite! Moi, il faudrait que je prenne un bain pour que ma photo ne ressemble pas à un mineur qui ressort des entrailles de la Terre.

Lorsque nous foulons le bitume de Chamonix, la femme de David l’attend. Je la salue, David me fait comprendre de partir devant, ce que j’exécute. Je suis super excité, j’ai le sourire jusqu’aux oreilles. J’ai envie de courir à toute vitesse, ce que je fais d’ailleurs.

Au niveau du village des exposant démontés, m’attend Vincent. Je savais que je pouvais compter sur lui pour les derniers mètres à Chamonix. Je saute à cœur joie dans une flaque de boue, la dernière du parcours. Les spectateurs sont présents malgré l’heure matinale. Je tape sur les panneaux publicitaires, ou dans les mains des personnes qui m’encouragent sur le côté. Vincent me suit avec la caméra. Je pars sur la gauche pour effectuer le dernier crochet qui mène vers l’arche. Je découvre que mon pote Manu est là!

Je cours toujours à toute vitesse. Puis l’arche se dresse à une cinquantaine de mètres devant moi. Valmente m’applaudit à gauche, Vincent m’encourage à droite. Je ralentis et profite de ce moment. Un petit pas sauté sur le côté pour mettre le feu et l’ambiance. Puis je me dirige vers l’arche pour franchir d’un saut la ligne d’arrivé et ainsi ponctuer les 167,5km et 9457m de dénivelé de course en 37h55min, pour terminer officiellement à la 545ème place!

Finisher de l'UTMB 2017

Finisher de l’UTMB 2017

Je tape dans la main de Sébastien, qui m’attendait dans l’aire d’arrivée. J’embrasse mon pote Manu. Vincent continue de filmer ce grand moment historique. Je suis aussi heureux que fatigué. Puis j’accueille David, qui arrive 3 minutes derrière moi. Nos chaussures sont flinguées. Moi, elles ont été tailladées dans la partie qui a remplacé La Tête aux Vents. David, lui, n’a plus de semelle sous un pied. On immortalise le moment avant de nous séparer. J’échange quelques mots avec ma femme par téléphone, puis avec ma tante.

Davi et moi à notre arrivée UTMB

Vincent m’offre la bière de finisher, puis nous allons chercher ma veste, le Graal du coureur de l’UTMB. Cette année, le gilet est vraiment sympa en plus!

On va fêter cela dans à la Brasserie La Potinière. Le patron a pris le départ de la TDS quelques jours auparavant. Alors que mes compagnons prennent tous un café, pour moi, c’est chocolat chaud, bière et omelette complète. La bière ne passe pas. Et je me mets à grelotter.

Nous nous séparons. Je prendrai une douche bien chaude avant de plonger dans mon lit pour dormir 3 heures. J’avance mon train pour partir plus tôt avec mon comparse Vincent. Je découvre les centaines de sms et de messages sur FB. J’essaierai de les traiter dans le train, mais je m’endormirai à plusieurs reprises. C’est sûr, ça va être dur de se remettre de cet ultra!

Remerciements

Un grand merci à tous. Vous vous reconnaitrez! 😀

Vidéo

Retrouvez la vidéo de mon aventure incroyable sur l’UTMB ci-dessous:

A découvrir aussi sur le thème de l’UTMB 2017

La folle course de Grégo: https://firstquartilerunners.wordpress.com/2017/09/10/je-suis-finisher-de-lutmb/

Le suivi vidéo de la tête de course par Vincent Gaudin: https://www.youtube.com/watch?v=meWxcPkwcN0&t=31s

26 Comments

  1. Bravo champion. Un bel article qui nous plonge dedans. Je l’ai en tête depuis quelques années. Je l’aurais un jour En tout cas, félicitations.

  2. Christian Harberts

    Sacré récit, sacré défi ! Cela me rappelle le 100km conté par Murakami, en plus dur… Je ne sais pas comment tu fais pour te souvenir de tous ces détails, sans prendre de notes. Et j’apprends l’investissement personnel avec toutes ces courses courues, quelques 100km dans le palmarès, tes soucis de santé… Je suis vraiment admiratif. Un tel défi ne m’intéresse pas, mais ton recit me fait découvrir ce drôle d’univers du « citoyen-ultra ». Je te dis bravo, mais je trouve que cela ne traduit point le respect que j’ai pour toi ! Christian

  3. Tout simplement Respect ! Ton récit a été une inspiration pour que je courre la saintélyon ! Qui sait maintenant ! Je me souviendrai de tout cela cette dans quelques semaines quand je serai sur les templiers ! Merci pour ce que tu partages !

  4. Je suis fière de toi mon champion. On a l’impression d’être cette fameuse petite souris curieuse qui voudrait s’incruster dans toutes les situations dont nous n’avons pas l’accès! Tu nous immerges dans ton aventure et dans ton esprit. Merci mon chéri pour être qui tu es. Mais attention à tes prochains défis, je veillerai à ce qu’ils restent pour toi de vrais challenges qui te rendent heureux et pas juste le dépassement de soi.

  5. Bravo tu es grand !!! J aimerais faire mon premier ultra 50km l’année prochaine raque tu connaîtrais un programme ? Merci champion

  6. sacré récit , et sacrée course !!! c’est bluffant comment tu gères d’une main de maitre …et d’un pied …boueux !! 😉 vraiment bravo et impressionné.. ca à l’air si simple alors que je sais … un peu.. à quoi ca ressemble !! vraiment soufflé par ce beau et long voyage dans l’effort !!! sincère bravo M’sieur !!
    par contre maintenant , faut redescendre….ou essayé du moins ..et ce n’est pas le plus facile bizarrement … 😉

  7. Bravo greg, quel athlète
    Je commence le running et ca m’encourage de voir des champions comme toi. Quel récit
    Un grand bravo a toi champion

  8. Encore bravo Greg, t’es mon idole 😀

  9. Bryan Gastineau

    Un grand BRAVO !
    Merci pour ces récits, de nous faire partager des « sur »aventures, très instructifs pour les néophites 🙂

  10. Félicitations de nouveau Greg pour avoir terminé l’UTMB! Ton compte rendu est tellement détaillé qu’on a l’impression d’être avec toi.

  11. Ah enfin le récit ! Je l’attendais avec impatience. Je l’ai lu jusqu’à la lie, cela m’a permis de revivre cette épreuve. C’est complètement surréaliste. C’est complètement hors du temps. Félicitations à toi et je sais de quoi je parle 🙂 Oui l’effort demandé, les ressources à mobiliser sont vraiment vraiment hors normes pour être finisher de cette épreuve. Maintenant se remettre en selle (ou tout du moins dans ses chaussures de runnings) et voir devant soi n’est pas simple, en tout cas pour moi… Merci pour le lien 😉

  12. Hello Greg. Wahou, quelle course !
    J avais compris en suivant un peu derrière mon écran que les conditions étaient rudes, mais je crois à te lire que c’était pire que ce que j avais imaginé. Alors encore une fois et encore plus fort, CHAPEAU !
    Et puis, une nouvelle fois, merci de partager tout ça dans tes récits qui sont un plaisir à lire et qui malgré tout ce que tu y racontes donne envie d’aller se faire sa propre idée. C est pas raisonnable …
    Vivement que je rechausse les baskettes.
    A++
    Bruno

    • Merci Bruno!
      En fait, je déconne, il a fait super beau! 😀
      Bon, les inscriptions, c’est bientôt Bruno. Tu as tes points?

      • Je l’avais. Le tout est de garder le soleil dans sa tête….
        Eh non, je ne fais pas assez de courses longues.
        Je commençais à regarder les courses potentielles pour les atteindre…mais je vais déjà essayer de reprendre doucettement.
        Je vais me laisser encore un peu de temps avant de repenser à ces idées folles.

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